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Allocation de rentrée scolaire : quand même les politiques mentent pour stigmatiser les plus défavorisés

Chaque année, la même rumeur ressurgit : l’argent de l’allocation de rentrée scolaire serait détourné pour acheter téléviseurs et consoles de jeux. La réalité dit tout autre chose. Ce mensonge politique sert avant tout à stigmatiser les plus précaires et à détourner l’attention des véritables inégalités.

Créée en 1974, l’allocation de rentrée scolaire (ARS) est versée chaque mois d’août par la Caisse d’allocations familiales (CAF) aux familles modestes ayant au moins un enfant scolarisé de 6 à 18 ans. Son montant, réévalué chaque année, oscille entre 423 et 462 euros selon l’âge de l’enfant.

Pour en bénéficier, les ressources doivent rester sous un plafond strict : environ 28 000 euros annuels pour un enfant, augmenté de 6 500 euros par enfant supplémentaire. En 2022, près de 3 millions de foyers en ont bénéficié, représentant plus de 5 millions d’enfants. La moitié de ces familles sont monoparentales et leur revenu moyen atteint péniblement 1 836 euros nets par mois.

Ces vieux mensonges qui ne meurent jamais

À chaque versement de l’ARS, les réseaux sociaux s’emplissent des mêmes insinuations : « On les voit tous acheter des écrans plats », « Cet argent sert pour des Nike ou des iPhones ».

Le problème ? Aucune donnée ne valide ces accusations. Au contraire, l’enquête menée par la Caisse nationale des Allocations familiales1 montre que l’ARS ne couvre en moyenne qu’un tiers des dépenses scolaires : 400 euros à la rentrée, puis le reste tout au long de l’année, pour un total de 1 315 euros par enfant. Les familles l’utilisent d’abord pour les fournitures scolaires (98 %), les vêtements (96 %) et la cantine (69 %).

Quant aux fameux écrans plats, les données de consommation sont sans appel : les ventes de téléviseurs ne connaissent aucun pic en août, et celles des consoles de jeu sont même en berne à cette période. En 2024, la semaine du versement de l’ARS a été… la 7ᵉ pire semaine de ventes pour les consoles2.

Quand la droite, l’extrême droite, Macron et… même une sénatrice socialiste s’acharnent sur les pauvres

Pourquoi alors ce discours persiste-t-il, malgré les faits ? Parce qu’il n’a jamais visé la vérité, mais l’idéologie.

Accuser les familles modestes de gaspiller l’ARS, c’est nourrir un vieux préjugé : « les pauvres seraient pauvres parce qu’ils gèrent mal leur argent ». C’est oublier que sans l’ARS, 72 % des familles devraient réduire encore davantage leurs autres dépenses et 16 % seraient contraintes d’emprunter.

Mais pour la droite et l’extrême droite, tout comme dans le camp macroniste, ce n’est pas un hasard. En pointant du doigt « l’assistanat », on détourne le regard de la réalité : la concentration des richesses profite aux plus aisés, les inégalités explosent, mais le débat public se focalise sur… une famille qui achèterait prétendument une télé.

« Cette allocation, on le sait très bien, sert souvent à autre chose. C’est de l’argent jeté par les fenêtres. »
Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) le 19 août 2020 sur LCI

« L’allocation de rentrée scolaire est détournée de son usage. Elle sert à acheter des écrans plats ou des consoles de jeux. »
Marine Le Pen (Rassemblement national), le 24 août 2011sur RTL

« On sait bien qu’une partie de l’argent ne va pas aux fournitures scolaires, mais parfois dans des écrans plats. »
Éric Ciotti (Les Républicains), le 21 août 2012 sur BFMTV

 « On sait bien, si on regarde les choses en face, que parfois, il y a des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre qu’à d’autres moments. »
Jean-Michel Blanquer (LREM), alors ministre de l’Education nationale, le 29 août 2021 sur France 3

« Nous serions aveugles ou naïfs de penser que la totalité de ce que chaque ménage touche en allocation de rentrée scolaire est reversée pour acheter des fournitures ou des livres d’enfants. »
Emmanuel Macron, président de la République, le 2 septembre 2021

« La majorité des familles gèrent bien leur budget mais d’autres familles ne savent pas gérer et la prime part ailleurs. Certains se disent : je vais acheter un frigo ou un écran plat. »
Samia Ghali, sénatrice PS des Bouches-du-Rhône, le 24 août 2019 dans Le Figaro.

C’est le jeu favori des conservateurs : opposer les « bons contribuables » aux « assistés », les classes moyennes aux plus pauvres, pour masquer les véritables profiteurs du système. Car pendant qu’on parle d’un écran plat imaginaire, on ne parle pas de la fraude fiscale estimée à plus de 80 milliards par an, des niches qui engraissent les plus riches, ni des profits records des multinationales.

Une diversion qui dit tout d’un système inégalitaire

L’ARS n’est pas un caprice, mais une aide vitale, ainsi que le confirme la Cour des comptes. Elle permet aux élèves de démarrer l’année avec des fournitures, des habits, des repas à la cantine, et parfois une activité sportive. Remettre en cause cette allocation, c’est attaquer la dignité de millions d’enfants.

La polémique autour de l’ARS n’a donc jamais eu pour objet la bonne gestion de l’argent public. Elle révèle une stratégie politique : cibler les plus fragiles pour éviter de s’en prendre aux plus puissants. Dans ce théâtre des illusions, l’écran plat n’existe pas. Mais il occupe l’espace médiatique, pendant que les inégalités, elles, bien réelles, continuent de se creuser.

Notes :
 1 – L’enquête de la CNAF.
 2 – Articles des Surligneurs : Les allocations de rentrée scolaire sont bien utilisées pour
  acheter des fournitures

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