Fournitures scolaires, attention danger
A quelques jours de la rentrée scolaire, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudespointe une fois de plus une réalité inquiétante : substances toxiques, étiquetages trompeurs et greenwashing envahissent les cartables.
Colles, gommes, surligneurs, crayons ou encore stylos : en préparant le nécessaire scolaire de leurs enfants, les parents n’imaginent pas les exposer à de véritables cocktails chimiques. Et pourtant. Gommes empoisonnées, encres saturées d’allergènes, colles « vertes » qui n’ont d’écologique que le nom… La trousse des élèves peut contenir des produits nocifs, conséquence directe d’une réglementation européenne insuffisamment protectrice.
Le danger est multiple et insidieux. Par contact cutané ou oculaire, par inhalation ou même par voie orale — le fameux « mâchouillage » des stylos — les fournitures scolaires peuvent exposer les écoliers à des substances nocives. En 2023 et 2024, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a mené une série de contrôles qui a conduit au retrait de neuf produits jugés dangereux sur 31 analysés : colles, correcteurs, gommes, stylos et surligneurs, contenant des substances chimiques irritantes ou allergisantes en quantité excessive. Rien qu’en Île-de-France, plus de 66 000 surligneurs et 25 000 stylos ont été retirés des rayons. Mais le scandale ne s’arrête pas à la composition. L’absence de mentions de danger, de pictogrammes lisibles, ou même d’informations sur les fabricants laisse les consommateurs dans l’ignorance.
40 % des articles analysés sont problématiques
Ce n’est pas un accident ponctuel, mais un problème systémique. Déjà en 2016, l’UFC-Que Choisir avait alerté sur la présence de composés nocifs dans les fournitures scolaires. Six ans plus tard, en 2022, son nouveau test confirmait l’ampleur du problème : 40 % des articles analysés contenaient des substances cancérogènes, allergisantes ou encore des perturbateurs endocriniens. Dans certains cas, les résultats sont édifiants : les encres Stabilo Boss « Original Fluo » saturées d’allergènes, des stylos-billes Bic « Cristal » ou Paper Mate « Inkjoy » contenant des impuretés cancérogènes, ou encore des crayons Cultura vernis au phtalate, classé substance extrêmement préoccupante en Europe. Pourtant, la quasi-totalité de ces articles reste dans les clous sur le plan réglementaire.
De dangereux artifices marketing
C’est bien là le problème. Contrairement aux jouets, les fournitures scolaires ne sont pas encadrées par une réglementation sanitaire stricte. Aucun cadre ne les oblige à mentionner la présence d’allergènes ni à apposer des pictogrammes d’avertissement. Résultat : un produit apparemment inoffensif peut être plus dangereux qu’un autre affichant un avertissement. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) elle-même, dans un avis publié en 2022, a rejoint l’UFC-Que Choisir pour réclamer un encadrement beaucoup plus sévère. Pour l’instant, silence radio de Bruxelles.
À ce vide réglementaire s’ajoute un autre fléau : le greenwashing. Dans les rayons, les slogans « verts » se multiplient — colles dites « biodégradables », gommes « sans PVC », stylos « écologiques » — souvent sans aucune justification réelle. La DGCCRF a déjà épinglé plusieurs fabricants pour allégations mensongères. Mais ces artifices marketing brouillent la vigilance des parents, qui croient acheter « mieux » alors qu’ils se retrouvent piégés par une communication trompeuse.
Face à ce double danger, les familles sont livrées à elles-mêmes. L’UFC-Que Choisir déconseille purement et simplement l’achat de stylos-billes, tant le « cocktail de substances nocives » est généralisé. Et pourtant, certains fabricants montrent qu’il est possible de faire autrement : les feutres Crayola ultra-lavables, les cartouches Schneider ou les crayons Bic Kids évolution figurent au tableau d’honneur. Preuve qu’il s’agit d’un choix industriel, pas d’une fatalité technique.
Comment choisir des fournitures scolaires plus sûres ?

1. Privilégier la simplicité
Optez pour des fournitures basiques, sans parfum ajouté ni colorants superflus. Préférez les colles en bâton, les correcteurs en ruban, les crayons en bois non vernis et les gommes sans phtalates ni latex.
2. Vérifier les labels et mentions
Cherchez des certifications fiables : NF Environnement, Écolabel européen, Ange Bleu, FSC ou PEFC. Assurez-vous que les emballages comportent des pictogrammes de danger lisibles, la composition du produit et les coordonnées du fabricant.
3. Éviter les substances volatiles
Limitez l’usage de feutres, de colles ou de peintures liquides contenant des solvants et des conservateurs allergènes. Ces produits émettent des COV (composés organiques volatils) qui dégradent la qualité de l’air intérieur.
4. Adopter les bons gestes
Expliquez aux enfants qu’il ne faut pas mâchouiller les stylos ou les gommes, ni détourner les colles de leur usage. Encouragez-les à se laver les mains après manipulation et à reboucher systématiquement leurs feutres.
5. Suivre les alertes officielles
Consultez régulièrement rappel.conso.gouv.fr et les communiqués de la DGCCRF pour rester informés des produits rappelés.