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Bayrou va nous faire aimer le « chaos »

Il y a quelque chose de pathétique dans ce vote de confiance réclamé par François Bayrou. Pathétique, parce qu’il ne repose pas sur une vision, ni sur un projet, mais sur un mantra obsessionnel : « la dette, la dette, la dette ». Comme si la répétition suffisait à transformer une croyance en vérité scientifique. La méthode Coué appliquée à la politique économique d’un pays.

Bayrou martèle qu’il n’existe qu’une voie : réduire les dépenses publiques. Pas un choix politique, mais une prétendue nécessité. Les hôpitaux doivent « rationaliser », les enseignants « se réorganiser », les collectivités « faire des efforts ». L’État, dit-il, doit se serrer la ceinture. La rhétorique est bien connue : derrière le « nous » collectif, ce sont toujours les mêmes qui paient. Ce sont les salariés, les précaires, les ménages modestes qui se retrouvent en première ligne, pendant que ceux qui profitent réellement du système — les détenteurs de gros patrimoines, les actionnaires gavés de dividendes — passent entre les gouttes.

Surtout, Bayrou se garde bien de rappeler une évidence : si la dette a explosé ces dernières années, ce n’est pas parce que nous aurions trop investi dans la santé, l’éducation ou les infrastructures. C’est parce qu’on a sabordé les recettes. La suppression de l’ISF, la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (flat tax), les exonérations et les niches fiscales en cascade, tout cela représente plus de 50 milliards d’euros par an de manque à gagner pour l’État. Depuis 2017, sous Macron, la dette publique est passée de 2 260 milliards à plus de 3 200 milliards d’euros. Est-ce vraiment la faute des infirmières, des profs ou des agents de la SNCF ? Ou bien celle d’une politique obstinée à privilégier les plus riches au nom d’une croissance qui n’est jamais au rendez-vous ?

Mais non : pour Bayrou, il faut « rassurer les marchés », comme si la démocratie consistait à obéir aux agences de notation. Et il joue son va-tout en expliquant que sans lui et son programme de coupes budgétaires, ce serait le chaos. C’est la vieille ficelle des gouvernements en bout de souffle : agiter l’épouvantail de l’effondrement pour faire passer l’injustice comme une fatalité.

Or, si le chaos consiste à remettre à contribution le patrimoine des ultra-riches, comme avec la taxe Zucman, alors qu’on nous donne ce chaos-là. S’il s’agit d’augmenter le SMIC de manière conséquente pour que le travail permette enfin de vivre dignement, alors vive le chaos. S’il s’agit de lancer de vastes plans d’investissement, comme l’Allemagne le fait aujourd’hui, pour revitaliser les services publics, moderniser l’éducation, sauver la santé, développer les transports propres, garantir la sécurité et accélérer la transition énergétique, alors on veut bien de ce chaos-là. Parce que ce chaos, en vérité, c’est celui de la prospérité retrouvée, de l’avenir reconstruit, de la justice rendue.

Et si l’on prend un peu de recul, la supercherie apparaît au grand jour : ce qui nous étouffe, ce n’est pas la dette, mais la paresse intellectuelle et le dogmatisme de ceux qui nous gouvernent. Bayrou veut nous enfermer dans un choix binaire : l’austérité ou le gouffre. Mais l’histoire économique, de Roosevelt au New Deal jusqu’aux grands plans européens de l’après-guerre, démontre exactement l’inverse : c’est par l’investissement public massif, par le partage équitable des richesses que l’on relance l’économie, et qu’on réduit mécaniquement le poids de la dette.

Alors non, Monsieur Bayrou, votre méthode Coué n’est pas une politique. Elle est l’aveu d’échec d’un système qui, depuis huit ans, s’entête à protéger les intérêts d’une minorité tout en demandant à la majorité de payer l’addition.

Le véritable chaos, ce serait de continuer ainsi.

(Photo Assemblée nationale)

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