Pourquoi le départ des ultra-riches pourrait sauver la France
Et si une fuite orchestrée des grandes fortunes, provoquée par un impôt-choc, devenait l’occasion rêvée de reprendre le contrôle de notre économie et de nos biens communs ?
On nous a conditionnés à croire qu’il ne faut pas trop taxer les riches, sous peine de les voir filer à l’étranger. Mais imaginons un instant que ce soit exactement ce qu’on cherche à provoquer. Un gouvernement décidé à briser le plafond de verre fiscal annonce une mesure inédite : un impôt annuel équivalent à 10 % de la fortune nette des ultra-riches, sans niche, sans abattement, sans possibilité de jouer à cache-cache dans les paradis fiscaux1. Pas un symbole, pas une manœuvre technique, mais un prélèvement assumé comme tel : l’effort de guerre pour financer la transition écologique, reconstruire les services publics et regagner notre souveraineté économique.
Cette fois, plus de simulation, plus de menaces creuses : ils partent. Tous. Les jets privés saturent les créneaux de décollage, les villas se vident, les yachts prennent le large. Les chaînes d’info pleurent la “perte” d’un capital précieux. Mais derrière cette grande scène de théâtre, une autre réalité se joue.
Une vente aux enchères à l’échelle nationale
Pour partir, il faut vendre. Ce que les ultra-riches mettent sur le marché, ce sont des parts dans des entreprises stratégiques. L’État, déjà riche des dizaines de milliards récupérés par l’Exit tax2, se tient prêt.
Les rachats s’organisent comme une opération commando. L’énergie d’abord : EDF, Engie et leurs infrastructures critiques passent sous contrôle public total. On sort du jeu de la rentabilité trimestrielle, on fixe des prix stables, on investit massivement dans les énergies renouvelables. L’eau ensuite : Veolia, Suez… ces groupes redeviennent 100 % publics. Fini le service vital livré aux logiques de marge, place à la préservation et à l’accès universel. Les transports suivent : ports, aéroports, réseaux ferroviaires stratégiques… tout ce qui fait battre le cœur logistique du pays. Et bien sûr la santé : usines pharmaceutiques, sites de production de médicaments essentiels, chaînes d’approvisionnement critiques — tout ce qui protège la population des pénuries et des dépendances étrangères.
Acheter à prix cassés, garder pour toujours
Un départ massif entraîne une baisse mécanique des prix des actions de ces entreprises. C’est l’occasion ou jamais : on rachète au plus bas, on verrouille au plus haut niveau de protection. Là où les fonds spéculatifs flairent le profit rapide, l’État joue la carte du long terme.
Contrairement au fantasme de la « terre brûlée », la France ne perd pas ses usines ni ses salariés. Les outils de production restent là. Seuls les propriétaires changent, et cette fois, les dividendes ne partent pas à Dubaï ou à Monaco, mais servent à moderniser, à relocaliser, à préparer l’avenir.
Du cauchemar fiscal au projet national
Les éditorialistes qui, hier encore, brandissaient l’exil comme une apocalypse, découvrent que la catastrophe annoncée ressemble étrangement à une libération. Moins de fortunes hors de contrôle, plus de leviers publics pour décider de l’orientation de l’économie. Une indépendance retrouvée dans les domaines essentiels.
En un an, ce qui devait être une fuite humiliante devient peut-être l’opération la plus audacieuse depuis la Libération. La leçon est claire : parfois, il faut pousser le système dans ses retranchements pour lui arracher ce qu’il ne cédera jamais de lui-même.
Peut-être qu’au fond, ce ne sont pas les milliardaires qui manqueraient à la France, mais le courage de leur dire : la sortie est par là.
(Photo Jeanne Menjoulet – CC)
Notes
1 – Gabriel Zucman — sur l’effet dissuasif et le rendement potentiel d’un impôt sur la fortune très élevé, en particulier au-delà de 5 % annuel.
2 – Code général des impôts, article 167 bis — l’Exit tax impose les plus-values latentes au moment du départ, avec paiement immédiat ou différé selon les conditions.
L’article 167 bis donne trop de liberté pour ne pas payer, aux « fuyards ». De plus, ils peuvent quitter le pays en laissant ou transmettant leurs biens, sous formes de locations, transferts de sociétés, changements d’intitulés, et autres statuts. Cet article a certainement été rédigé pour laisser des portes ouvertes aux arrangements multiples… mais je ne suis pas spécialiste…