François Hollande : quand le fossoyeur de la gauche se rêve en sauveur
L’ancien président de la République multiplie les interviews, en démontrant, si cela était encore nécessaire, sa proximité avec le macronisme. Et son envie probable d’être le « candidat de la raison » en embuscade derrière Raphaël Glucksmann.
Il fallait oser. Revenir, sourire aux lèvres, sur les plateaux télé comme si de rien n’était. Revenir après avoir méthodiquement désossé son propre camp, trahi la promesse faite en 2012 et laissé un boulevard historique à l’extrême droite. François Hollande, l’« ennemi de la finance » autoproclamé, sans doute la plus belle blague politique du début de siècle, est de retour. Et comme toujours, il est accueilli avec l’enthousiasme gêné de ceux qui aimeraient bien l’oublier, mais qui n’ont plus grand monde sous la main pour remplir leurs cases de commentaires autorisés.
C’est que l’ancien président a compris une chose : dans ce pays, on peut avoir affaibli son propre camp jusqu’à la quasi-extinction, encouragé le chacun pour soi économique, offert des cadeaux aux entreprises à hauteur de dizaines de milliards d’euros, il suffira d’un plateau bien éclairé pour se refaire une vertu et peut-être même se rêver de nouveau en candidat. Le hollandisme, ce mélange savant d’auto-satisfaction molle et de renoncements vigoureux, n’est pas mort. Aujourd’hui, il revient en force pour apporter la « voix de la raison » en demandant au gouvernement d’utiliser le 49.3 pour le budget tout en proposant un accord de non-censure avec le PS. François Hollande se voit sûrement déjà en sauveur pour 2027, et doit se délecter de la succession de séquences ratées du médiocre Raphaël Gluscksmann. Le récit de son quinquennat est même est même en train de changer dans les cercles politico-médiatiques, comme s’il avait été un âge d’or, non pas l’accident industriel qui a précipité le peuple de gauche vers l’abstention et le ressentiment.
Car c’est bien cela le legs Hollande : un peuple écœuré, un électorat populaire jeté dans les bras du « plus rien ne sert », quand ce n’est pas carrément dans ceux du Rassemblement national. À force de dire que le marché était la seule boussole crédible, à force d’offrir à la finance ce qu’elle n’avait même plus besoin de réclamer, le quinquennat Hollande a transformé un espoir immense en un immense soupir. Et l’on voudrait maintenant nous expliquer, avec son sourire désormais pédagogique, qu’il aurait les clés pour « réparer » la démocratie qu’il a contribué à fracturer ?
Le plus ironique, tragiquement ironique, reste que le macronisme, cette idéologie à la fois arrogante et ultralibérale, n’est pas tombé du ciel. Il est né au chaud, nourri et protégé au sein même du hollandisme. Emmanuel Macron n’est pas une rupture : il est l’enfant naturel du renoncement généralisé, le prolongement vigoureux de la logique Hollande, version start-up nation et mépris de classe assumé. Sans Hollande, pas de Macron. Sans Macron, pas le désastre démocratique actuel. L’histoire est parfois d’une clarté cruelle.
Et le voilà qui revient. Tranquille. Invité partout. Salué comme une voix « sage », « expérimentée », presque « rassurante ». Rassurante pour qui ? Pour ceux qui n’ont jamais payé les conséquences de sa politique. Pour ceux qui trouvent toujours merveilleux qu’un ancien chef d’État puisse réapparaître comme si son bilan n’était qu’un léger incident administratif. Pour ceux qui, surtout, aimeraient bien effacer la réalité : Hollande a fracturé la gauche, offert une crise démocratique durable et préparé le terreau d’un populisme réactionnaire qui n’a plus de limites.
Qu’il ose, aujourd’hui encore, venir poser sa voix grave et son éternel ton d’instituteur est presque comique. Comme s’il n’était pas conscient de ce qu’il a provoqué. Comme si le pays entier n’avait pas payé le prix de ses renoncements. Comme si le peuple auquel il avait promis la justice n’avait pas été sacrifié sur l’autel des « réformes nécessaires ».
Alors oui, l’on peut s’étonner, ou s’indigner, de voir François Hollande revenir donner des leçons, quand il devrait depuis longtemps méditer en silence dans les fosses à purin de la vie politique, aux côtés de tous ceux qui ont trahi leur camp, renié leurs engagements et préféré cajoler les puissants plutôt que de défendre les plus modestes. La décence voudrait qu’il s’efface. Mais la décence, depuis longtemps, a cessé d’être un critère en politique.
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