Éducation

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Moins d’élèves, 4 000 enseignants en moins : l’occasion manquée d’améliorer l’école

Le constat démographique est sans appel : le nombre d’élèves recule. Au lieu d’en faire une chance pour l’école, le budget 2026 préfère réduire la capacité à remplacer, à suivre les élèves et à assurer la continuité.

Depuis deux ans, le nombre d’enfants scolarisés dans le premier degré recule rapidement en France. Après une diminution d’environ 80 000 élèves entre 2023 et 2024, le premier degré compte environ 90 000 écoliers de moins à la rentrée 2025, sous l’effet du recul de la natalité (1). Cette évolution, appelée à se poursuivre, marque un changement démographique majeur pour l’école primaire.

Cette baisse aurait pu ouvrir une période rare. Moins d’élèves, c’était la possibilité de donner plus de temps à ceux qui en manquent le plus, au lieu de maintenir un modèle scolaire qui traite des classes surchargées comme si tous les enfants apprenaient au même rythme. Le budget 2026 fait le choix inverse.

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Une opportunité démographique

À la rentrée prochaine, environ 4 000 postes d’enseignants doivent disparaître de l’Éducation nationale (2). Il ne s’agit pas de licenciements visibles, mais d’un mécanisme administratif fait de postes non reconduits, de dotations horaires en baisse et de fermetures de classes. 4 000 postes, ce n’est pas une abstraction : c’est l’équivalent des équipes pédagogiques de près d’une centaine d’établissements secondaires retirées du système. La baisse du nombre d’élèves sert ici de prétexte pour réduire les moyens humains plutôt que pour améliorer les conditions d’enseignement. L’argument du gouvernement est simple. Moins d’élèves implique moins de professeurs. Cette logique suppose que l’école se résume à une couverture d’heures de cours.

Un ajustement qui n’est pas neutre

Or un établissement scolaire n’est pas une simple chaîne de production. Il fonctionne grâce à une capacité humaine qui permet d’absorber les situations ordinaires de la vie scolaire. Cette capacité est sollicitée chaque fois qu’un professeur est absent, qu’un groupe d’élèves a besoin de plus de soutien ou qu’une classe ne peut pas fonctionner dans des conditions ordinaires. Elle permet de remplacer, de dédoubler, de réorganiser, de maintenir des dispositifs d’aide ou des options. Quand des postes sont supprimés, ce sont ces marges qui disparaissent en premier.

La capacité réelle de l’école

Cette fragilité n’est pas théorique. La Cour des comptes a mesuré qu’au collège public, près de 9 % des heures de cours obligatoires n’ont pas été assurées en 2023-2024, soit environ 10,3 millions d’heures perdues sur une seule année, principalement faute de remplacements (3). En éducation prioritaire, ces pertes sont plus élevées et touchent davantage les disciplines déjà sous tension comme le français et les mathématiques. Autrement dit, l’école fonctionne déjà en déficit de présence adulte avant même les nouvelles suppressions de postes.

Ce que disent les chiffres, certains élèves le vivent déjà. Dans un lycée du Sud-Est, une classe de première est privée de sa professeure de français depuis le mois de novembre. Les élèves ont d’abord eu quelques semaines de cours à distance, puis quelques heures avec une professeure de philosophie. Depuis, plus rien. Fin janvier, ils n’ont étudié que deux textes pour l’oral du baccalauréat et aucun pour l’écrit. Leur année se joue pourtant là. Ce n’est pas un dysfonctionnement isolé. C’est le résultat d’un système qui n’a plus la capacité de remplacer quand un maillon cède.

Ce que disent les évaluations internationales

Les performances des élèves français dans l’enquête PISA 2022 montrent une école qui ne décroche pas, mais ne progresse pas non plus. La France se situe dans la moyenne de l’OCDE avec environ 474 points en mathématiques (moyenne OCDE 472), 474 en lecture (476) et 487 en sciences (485) (4). Mais ces résultats sont loin des pays de tête et s’inscrivent dans une tendance au recul depuis 2018, en particulier en mathématiques et en compréhension de l’écrit. Les données confirment aussi que les écarts liés au milieu social restent élevés, signe qu’un encadrement et un soutien individualisé sont décisifs pour réduire les inégalités (5). Réduire les marges humaines au moment même où la démographie desserre la contrainte revient à s’éloigner de ce que font les systèmes qui progressent.

Des équipes déjà fragilisées

Ces suppressions interviennent dans un métier déjà en crise d’attractivité. Le nombre de candidats aux concours du second degré a été divisé par trois depuis le début des années 2000 et la seule session 2025 a enregistré près de 2 800 inscrits de moins qu’en 2024, fragilisant la stabilité des équipes et la continuité du service public (6).
 Les syndicats, notamment le SNES-FSU et le SNUipp-FSU, rappellent que ces coupes s’inscrivent dans une trajectoire engagée depuis 2017, au cours de laquelle environ 7 500 postes ont déjà été supprimés dans le second degré et près de 8 900 entre 2018 et 2023 alors même que le nombre d’élèves augmentait (7).

Des associations de parents d’élèves, comme la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), dénoncent elles aussi une approche qu’elles jugent purement comptable, susceptible d’aggraver les absences non remplacées, la surcharge des classes et les inégalités territoriales.

Un choix de rythme, un choix de modèle

Le gouvernement pourrait répondre que la baisse des effectifs compensera mécaniquement les suppressions. Mais cela ne règle rien. Les besoins de remplacement, de suivi et de soutien ne sont pas proportionnels au nombre d’élèves. Une absence reste une absence, une difficulté reste une difficulté, qu’une classe compte vingt ou trente élèves.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut ajuster les effectifs d’enseignants, mais à quel rythme et dans quel but. Baisser beaucoup moins vite que la baisse des effectifs, c’était transformer un gain démographique en amélioration du service public. Baisser presque au même rythme, c’est transformer ce gain en économies budgétaires.

Dans les mois qui viennent, cette orientation se traduira par des heures en moins, des dispositifs de soutien fragilisés et des équipes encore plus sollicitées pour maintenir la continuité. C’est une érosion progressive de la capacité de l’école à faire ce pour quoi elle existe.

Quand il y a moins d’enfants à l’école, deux choix existent. Soit on transforme la baisse des effectifs en temps, en attention et en présence. Soit on la transforme en économie. Le budget 2026 a choisi.

Notes

1 — DEPP, Prévisions d’effectifs d’élèves du premier degré – Note d’information n° 25-12 (mars 2025), « Prévisions d’effectifs d’élèves du premier degré : la baisse devrait se poursuivre jusqu’en 2029 »
 
2 — Sénat, « Budget : le Sénat confirme la suppression de 4 000 postes d’enseignants »
 
3 — Cour des comptes, «Le temps d’enseignement perdu par les élèves au collège »4 — OCDE, PISA 2022 – Profil France (mathématiques, lecture, sciences)
 
5 — Éducation.gouv.fr (OCDE), « PISA 2022 : la baisse généralisée des performances et les écarts sociaux »
 
6 — Haut-commissariat à la stratégie et au plan,« La crise d’attractivité des métiers enseignants » (via SNES-FSU)
 SNES-FSU Grenoble, « Crise d’attractivité : baisse des inscriptions aux concours 2025 »
 
7 —La Nouvelle Vie Ouvrière. « 7 490 suppressions de postes dans les collèges et lycées depuis 2017 »
 
SNES-FSU Clermont-Ferrand, « Entre 2018 et 2023, près de 8 865 postes supprimés alors que les effectifs d’élèves augmentaient »
 

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