Selon une analyse d’Oxfam, les 1 % les plus riches ont épuisé dès le 10 janvier leur quota d’émissions compatible avec l’objectif de +1,5 °C, tandis que la sobriété reste exigée du plus grand nombre.
Le 10 janvier est désormais une date repère. À partir de ce jour, les milliardaires ont déjà consommé l’intégralité de leur « budget carbone » annuel, celui qui permettrait pourtant de contenir le réchauffement climatique à +1,5 degré Celsius. Si l’humanité entière adoptait leur niveau de consommation et d’investissement, l’année climatique serait terminée avant même la mi-janvier.
Cette date, calculée par Oxfam à partir des données du Stockholm Environment Institute (1), révèle l’ampleur des inégalités d’émissions de gaz à effet de serre. Une réalité largement absente du débat public.
Des émissions concentrées chez les plus riches
Pour rester sur une trajectoire compatible avec +1,5 °C, le budget carbone mondial impose une contrainte sévère. Rapporté à l’échelle individuelle, il correspond à environ 2 tonnes de dioxyde de carbone par personne et par an d’ici à 2030. En France, l’empreinte carbone moyenne atteint déjà près de 9 tonnes par habitant.
Cette moyenne masque toutefois des écarts considérables. Selon Oxfam, les 1 % les plus riches de la planète émettent autant de gaz à effet de serre que les 66 % les plus pauvres. Pire encore, les 0,1 % des plus grandes fortunes avaient déjà épuisé leur budget carbone annuel dès le 3 janvier.
Au sommet de la hiérarchie des revenus, les émissions se chiffrent en milliers de tonnes de CO₂ par personne et par an. Ces volumes ne tiennent pas seulement à des modes de vie spectaculaires, comme l’usage intensif des jets privés, des yachts ou des résidences multiples. Ils sont aussi le produit d’investissements massifs dans les secteurs les plus polluants.
Selon Oxfam, chaque milliardaire détient en moyenne un portefeuille d’investissements générant 1,9 million de tonnes de CO₂ par an, notamment dans l’aviation, l’industrie lourde ou les énergies fossiles. Une pollution largement invisible dans les débats publics, mais déterminante dans le bilan climatique global.
Des conséquences humaines et économiques majeures
Les effets de cette concentration des émissions sont loin d’être abstraits. Les émissions produites en une seule année par les 1 % les plus riches devraient entraîner environ1,3 million de décès supplémentaires liés à la chaleur d’ici la fin du siècle, selon les estimations relayées par Oxfam.
À ces impacts humains s’ajoutent des dégâts économiques considérables. Les dommages climatiques causés par des décennies de surconsommation d’énergies fossiles par les ultra-riches pourraient atteindre 44 000 milliards de dollars d’ici à 2050 pour les pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure.
Ces conséquences frappent en priorité celles et ceux qui ont le moins contribué à la crise climatique. Populations des pays du Sud, communautés autochtones, femmes et filles se retrouvent en première ligne face aux vagues de chaleur, aux sécheresses et aux inondations, sans disposer des mêmes moyens de protection ni d’adaptation.
En France, le choix de ne pas contraindre les plus polluants
En France, cette asymétrie n’a rien de théorique. L’aviation d’affaires, qu’il s’agisse des jets privés ou des vols à la demande, reste largement exonérée de fiscalité sur le carburant. Le kérosène n’est soumis ni à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, ni à la taxe sur la valeur ajoutée. À chaque discussion budgétaire, l’idée d’une contribution spécifique de ces usages ultra-polluants est repoussée, au nom de la compétitivité ou de l’attractivité économique.
Dans le même temps, la transition écologique repose principalement sur les ménages. Hausse des prix de l’énergie, injonctions à la sobriété, restrictions sur les déplacements, l’effort est demandé à tous, mais il ne touche pas les pratiques les plus polluantes. Le signal politique est clair. La transition doit se faire sans remettre en cause les modes de vie et les intérêts des plus favorisés.
Une responsabilité désormais juridique
Le « jour du dépassement » des ultra-riches ne relève pas seulement d’un constat environnemental ou social. Il renvoie aussi à un cadre juridique de plus en plus explicite. La Cour internationale de justice (2) a rappelé que les États ont l’obligation légale de réduire suffisamment leurs émissions, de sortir des énergies fossiles et de financer la protection des populations les plus exposées, afin de garantir les droits fondamentaux à la vie, à la santé, à l’alimentation et à un environnement sain.
En continuant de protéger les intérêts des plus grands pollueurs, les gouvernements ne manquent donc pas seulement à leurs engagements climatiques. Ils se placent aussi en porte-à-faux avec le droit international.
En dix jours, certains ont consommé leur part annuelle de planète. Aux autres, il est demandé de réduire leur consommation pendant douze mois. Tant que cette asymétrie perdurera, la transition écologique restera socialement fragile et profondément inéquitable.
Notes
1 – Oxfam, « Les 1 % les plus riches ont déjà consommé leur juste part d’émissions de carbone prévues pour 2026 en seulement 10 jours ».
2 – CIJ, Avis consultatif de la Cour internationale de Justice de 2025 sur les obligations des États en matière de changements climatiques
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