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Les dossiers LNP Municipales 2026

Et si une ville pouvait vraiment changer la vie ?

Municipales 2026, épisode 1

Face à l’austérité, à la ségrégation et au chaos climatique, les villes peuvent redevenir des outils de justice sociale. À condition d’oser rompre avec le modèle actuel.

Les municipales sont devenues des élections de gestion. On y parle de trottoirs, de caméras de surveillance, de fleurissement des ronds-points et de marketing territorial. Comme si une commune était une entreprise chargée d’« attirer », de « séduire » et de « se vendre ». Comme si gouverner une ville consistait à gérer la pénurie plutôt qu’à organiser la vie collective.

Pourtant, historiquement, une commune n’est pas née pour faire joli. Elle est née pour répondre à une question simple et brutale : comment fait-on société sur un territoire donné ? Comment se loge-t-on, comment mange-t-on, comment se déplace-t-on, comment élève-t-on les enfants, comment protège-t-on les plus fragiles ? La commune est l’échelon où la politique touche directement les corps et les vies. Et c’est précisément pour cette raison qu’elle a été méthodiquement neutralisée.

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Depuis trente ans, l’État transfère aux villes toujours plus de responsabilités sans leur donner les moyens correspondants. Logement, action sociale, transition écologique, petite enfance, écoles, tout remonte au niveau local. Mais l’argent, lui, reste bloqué au sommet. Résultat, les communes sont poussées à se comporter comme des entreprises. Elles cherchent des recettes là où elles peuvent : promotion immobilière, tourisme, grandes surfaces, événements, spéculation foncière. Et plus elles s’y livrent, plus elles détruisent ce qu’elles sont censées protéger : le lien social, l’accès au logement, l’environnement, l’égalité.

C’est ce piège que nous voulons décrire et démonter dans cette série.

La ville transformée en marché

Dans le modèle dominant, une « bonne » ville est une ville attractive. Attractive pour les investisseurs, pour les promoteurs, pour les classes moyennes supérieures, pour les touristes. Cette attractivité est censée financer les services publics locaux. Mais en réalité, elle fabrique une spirale de dépossession. Les logements deviennent des actifs financiers, les commerces de proximité disparaissent au profit des franchises, les habitants modestes sont repoussés vers les marges. La commune se vide de sa fonction sociale pour devenir une vitrine.

On en voit les effets partout : explosion des loyers, files d’attente devant les banques alimentaires, écoles ghettoïsées, dépendance à la voiture, bétonisation des terres agricoles. Et pendant ce temps, les élus expliquent qu’ils n’ont pas le choix, que « les marges de manœuvre sont faibles », que « l’État ne suit pas ». C’est vrai. Mais ce n’est pas une fatalité.

Ce que les communes peuvent encore faire

Il existe une autre tradition municipale, largement invisibilisée. Celle des villes qui ont considéré que leur rôle n’était pas d’être compétitives, mais justes. Des communes qui ont investi dans le logement public, les régies municipales, la gratuité des services essentiels, la démocratie locale. Des communes progressistes, écologistes, parfois simplement courageuses, qui ont fait de la ville un outil d’émancipation.

La cantine scolaire gratuite pour tous, par exemple, n’est pas une utopie. Elle existe déjà dans certaines communes. Elle repose sur une idée simple : l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, c’est un lieu d’égalité réelle. Tant que le repas de midi dépend du revenu des parents, cette égalité est fictive. Offrir à tous les enfants le même repas, sain, de qualité, sans condition, c’est poser un acte politique fondamental : dans cette ville, aucun enfant n’est un pauvre à l’heure du déjeuner.

La gratuité des transports publics fonctionne sur la même logique. On ne parle pas d’un « cadeau », mais d’un droit : le droit de se déplacer sans polluer, sans s’endetter, sans être exclu. De même pour l’eau, l’énergie de base, les fournitures scolaires, l’accès à la culture. Une ville  peut choisir de considérer ces biens comme des marchandises ou comme des biens communs.

La commune comme premier rempart contre la barbarie sociale

Dans un pays où l’extrême droite prospère sur l’abandon, la peur et la relégation, la politique municipale est un champ de bataille décisif. Une ville qui garantit le logement, l’alimentation, la mobilité et l’école construit du commun là où d’autres attisent la guerre de tous contre tous. Elle rend visibles des alternatives concrètes, vécues, mesurables.

Ce dossier partira de là : non pas des promesses électorales, mais de ce que les communes peuvent réellement faire si elles cessent de se comporter comme des entreprises et recommencent à agir comme des collectivités politiques. Logement, alimentation, école, démocratie, finances locales : chaque volet sera exploré pour dessiner ce que pourrait être une ville vraiment sociale et écologique au XXIe siècle.

Les municipales ne devraient pas être une parenthèse locale dans une politique nationale injuste. Elles peuvent être l’endroit où se construit, quartier par quartier, une autre manière de vivre ensemble. Et c’est exactement ce que nous allons mettre à l’épreuve.

Dans les semaines qui viennent, nous allons explorer ce que peut être une commune réellement sociale et écologique, non pas en théorie mais dans la vie réelle. Nous parlerons de l’école et de la cantine comme outils d’égalité, du logement comme cœur de la ségrégation urbaine, de l’alimentation, des transports, de la démocratie locale et de la manière dont une ville peut se financer sans faire payer toujours les mêmes. Chaque épisode sera consacré à un levier concret de la vie municipale pour montrer comment une autre politique est possible, ici et maintenant.

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