Les dossiers LNP

« Enfants déjeunant à la cantine scolaire, illustration de la cantine gratuite pour tous à l’école primaire »
Les dossiers LNP Municipales 2026

La cantine gratuite pour tous : l’égalité commence à midi

Municipales 2026, épisode 2

Loin d’être une utopie, la gratuité de la restauration scolaire est l’une des politiques publiques locales les plus efficaces pour lutter contre les inégalités, améliorer la santé des enfants et accélérer la transition écologique.

À l’école, tous les enfants sont censés être égaux. En réalité, cette égalité s’arrête souvent à l’heure du déjeuner. Pour des centaines de milliers d’élèves, le repas de midi reste un marqueur social brutal. Certains mangent équilibré, d’autres sautent le repas. Certains ont accès à la cantine, d’autres pas. Certains sont stigmatisés par des tarifs sociaux, d’autres bénéficient d’une alimentation de qualité sans jamais y penser. Cette fracture silencieuse est l’une des plus violentes, parce qu’elle touche à ce qu’il y a de plus élémentaire : manger.

Cet article s’inscrit dans la série que nous consacrons, à l’approche des élections municipales, à ce que pourrait être une commune réellement sociale et écologique.

Rendre la cantine gratuite pour tous, ce n’est pas « faire un cadeau ». C’est transformer l’école en espace d’égalité réelle. C’est dire que, dans une commune digne de ce nom, aucun enfant ne doit dépendre du revenu de ses parents pour bien se nourrir.

Une politique qui existe déjà

Contrairement à ce que laissent croire ses détracteurs, la gratuité de la cantine n’est ni théorique ni marginale. Elle est appliquée dans plusieurs communes françaises, notamment dans des villes historiquement gérées par la gauche communiste ou écologiste. Elle a été mise en place, testée, ajustée. Et partout où elle existe, elle produit les mêmes effets.

D’abord, la fréquentation de la cantine augmente. Des enfants qui, auparavant, mangeaient seuls chez eux ou se contentaient d’un repas déséquilibré y accèdent enfin. Ensuite, la stigmatisation disparaît. Plus de files différentes, plus de cartes de couleur selon le niveau de revenu. Tous les écoliers mangent ensemble, au même prix. C’est-à-dire gratuitement. L’égalité n’est plus un principe abstrait, elle devient une expérience quotidienne.

Un levier puissant contre la pauvreté

Pour les familles modestes, la cantine gratuite représente un gain de pouvoir d’achat considérable. Un repas scolaire coûte en moyenne entre 3,50 euros et 3,80 par jour et par enfant. Sur une année, cela peut représenter plusieurs centaines d’euros. Dans un contexte d’inflation alimentaire, c’est souvent la variable d’ajustement. Beaucoup de parents réduisent les portions, sautent des repas ou renoncent à la cantine. En rendant la restauration scolaire universelle et gratuite, la municipalité agit directement contre la précarité. Elle ne distribue pas une aide conditionnelle, elle garantit un droit. C’est exactement la logique d’une sécurité sociale de l’alimentation à l’échelle locale : assurer à chacun un accès inconditionnel à une nourriture de qualité.

Newsletter LNP

Chaque samedi, rejoignez celles et ceux qui veulent réfléchir au-delà de l’actualité.

🎁 Cadeau : notre guide « Les 10 idées reçues qui nous empêchent de penser l’époque ».

La gratuité permet aussi de changer la qualité des repas. Lorsqu’une mairie n’a plus besoin de gérer des centaines de tarifs, de contrôles de ressources et de contentieux, elle peut concentrer ses moyens sur l’essentiel : la qualité de ce qu’elle sert. De nombreuses villes ayant instauré la gratuité ont profité de cette réforme pour investir dans le bio, le local ou encore la réduction de la viande industrielle.

Les effets sur la santé et la réussite scolaire sont bien documentés. Un enfant qui mange correctement est plus attentif, moins fatigué, moins malade. La cantine devient alors un outil de politique éducative autant que sociale.

Un outil écologique sous-estimé

La restauration collective est aussi l’un des leviers les plus puissants de la transition écologique. En centralisant les achats, une collectivité peut orienter toute sa chaîne alimentaire : producteurs locaux, agriculture biologique, circuits courts, menus végétariens, lutte contre le gaspillage. Là où les familles isolées sont contraintes par les prix, la puissance publique peut organiser la sobriété sans pénaliser personne. La cantine gratuite permet d’aller encore plus loin. Elle garantit que cette alimentation durable ne sera pas réservée aux enfants des classes favorisées. La transition écologique cesse d’être un luxe pour devenir un bien commun.

« Buffet de salades en cantine scolaire, exemple de repas équilibré dans une cantine gratuite »
(Photo Leo Arcangeli / Région Occitanie)

Et le financement ?

C’est l’objection qui revient toujours. « Qui va payer ? ». Comme si l’argent n’était là que lorsqu’il s’agit de bétonner, de subventionner des zones commerciales ou d’accorder des exonérations fiscales aux promoteurs.

En réalité, le coût d’une cantine gratuite n’a rien d’un gouffre incontrôlable. Il dépend évidemment du nombre d’enfants et de la qualité des repas, mais il s’inscrit dans des ordres de grandeur parfaitement compatibles avec les budgets municipaux. Ce que l’on oublie presque toujours, c’est que la tarification sociale elle-même coûte cher. Elle impose des dossiers, des contrôles de ressources, des relances, des impayés, une administration lourde et chronophage. Supprimer cette usine à gaz pour instaurer la gratuité permet de récupérer une part non négligeable des dépenses.

À cela s’ajoute la force de la commande publique. Une commune qui nourrit tous ses enfants peut négocier, planifier, sécuriser des volumes et structurer des filières locales. Là où chaque famille achète au détail dans un marché dominé par l’agro-industrie, la collectivité peut peser sur les prix, réduire les intermédiaires et orienter la production. C’est à la fois plus écologique et souvent moins cher.

Il faut aussi rappeler que la restauration scolaire n’est pas un îlot isolé. Elle s’inscrit dans un ensemble de politiques publiques soutenues par les départements et les régions, qui financent déjà une partie des investissements, de la logistique et parfois même des repas. De nombreuses municipalités ne font pas appel à cette manne parce qu’elles n’ont pas de projet politique clair. La gratuité oblige au contraire à aller le chercher.

Et surtout, il y a la question centrale, celle dont on parle toujours à voix basse : le foncier et l’immobilier. Dans presque toutes les villes, ce sont eux qui captent l’essentiel de la richesse créée. Plus-values, loyers, rentes, spéculation. Une commune qui assume de faire contribuer davantage les grandes propriétés, les promoteurs et les acteurs de l’immobilier dispose de marges de manœuvre bien plus importantes qu’on ne le dit. C’est un choix politique, pas une contrainte naturelle.

La gratuité de la cantine n’est donc pas un luxe. C’est un arbitrage. Et comme tous les arbitrages budgétaires, il révèle ce que l’on considère comme prioritaire. Dans une commune réellement sociale et écologique, nourrir les enfants passe avant nourrir la rente. C’est un choix politique. Pas une impossibilité technique.

Une autre idée de l’école et de la ville

La cantine gratuite pour tous résume à elle seule ce que pourrait être une commune vraiment sociale et écologique. Une ville qui ne trie pas ses enfants selon le portefeuille de leurs parents. Une ville qui investit dans la santé, l’éducation et l’environnement plutôt que dans la concurrence et la spéculation.

À midi, chaque jour, dans le bruit des couverts et des conversations d’enfants, une autre société peut exister. Il suffit de décider qu’elle compte.

Garantir à chaque enfant un repas de qualité est l’un des actes les plus forts qu’une commune puisse poser. Mais cette égalité s’arrête trop souvent aux portes de l’école. Car une fois la cloche sonnée, les inégalités reprennent leurs droits. Là où l’on vit, ce que l’on peut payer, la distance entre le domicile, le travail et les services déterminent à nouveau les conditions d’existence.

Après l’école et la cantine, le prochain épisode de ce dossier s’attaquera donc au cœur de la fracture municipale : le logement. Parce qu’une ville ne peut être sociale et écologique si elle laisse le prix du mètre carré décider de qui a le droit d’y vivre.


Prolonger l’égalité après la classe : le périscolaire doit être un droit

L’égalité ne doit pas s’arrêter à la fin du repas ou à la sortie de la classe. Pour beaucoup d’enfants, c’est précisément après l’école que les inégalités se creusent. Accès au sport, à la culture, à l’aide aux devoirs, aux activités artistiques… Tout ce qui enrichit, structure et émancipe dépend encore très largement du revenu des parents, de leur disponibilité et de leur capacité à se déplacer.

Dans de nombreuses cités, le périscolaire est payant, morcelé, optionnel. Il fonctionne comme un marché secondaire de l’enfance. Ceux qui peuvent payer inscrivent leurs enfants au sport, à la musique, au théâtre. Les autres se contentent de solutions de garde, quand elles existent, ou renoncent. L’école promet l’égalité, mais la ville organise sa fragmentation dès 16h30.

Rendre le périscolaire gratuit et universel, c’est prolonger le geste politique de la cantine gratuite. C’est considérer que l’accès au sport, à l’art, à la culture et à l’accompagnement scolaire n’est pas un luxe, mais un droit. Un droit pour les enfants et un soutien concret pour les parents, en particulier pour les familles monoparentales et les ménages aux horaires contraints.

Un périscolaire gratuit permet aussi de penser autrement le temps de l’enfant. Plutôt que d’opposer apprentissages scolaires et activités extrascolaires, il devient possible de construire une continuité éducative. Le sport comme outil de santé et de socialisation. Les pratiques artistiques comme espace d’expression et de confiance. L’aide aux devoirs comme soutien, pas comme sanction. Là encore, l’égalité cesse d’être un principe abstrait pour devenir une expérience vécue.

Pour la famille, c’est un soulagement immédiat. Moins de stress logistique, moins de dépenses cumulées, moins d’arbitrages impossibles entre travail et accompagnement des enfants. La politique périscolaire est aussi une politique de soutien à l’emploi, en particulier pour les femmes, qui assument encore l’essentiel de la charge éducative invisible.

Comme pour la restauration, l’enjeu n’est pas seulement social. En organisant des activités de proximité, accessibles à tous, la commune réduit les déplacements, limite le recours systématique à la voiture et favorise un ancrage local des pratiques sportives et culturelles. Le périscolaire devient alors un outil à la fois éducatif, social et écologique.

(Photo du haut Anastasia Shuraeva – CC)

Notre site est accessible, sans abonnement, sans mur payant, sans publicité, parce que nous voulons que tous ceux qui le souhaitent puissent lire et partager nos articles.

Mais ce choix a une contrepartie : sans vos dons, déductibles des impôts, Le Nouveau Paradigme ne peut pas exister.

Nous dépendons donc exclusivement du soutien de nos lectrices et lecteurs.

Je fais un don pour LNP

2 thoughts on “La cantine gratuite pour tous : l’égalité commence à midi

  1. Le projet est super intéressant mais je ne suis pas sûr qu’une telle proposition passerait auprès de nos colistiers…
    On peut toujours essayer…

  2. Oui, l’égalité alimentaire commence aussi à l’école comme c’est bien démontré dans l’article. L’école c’est là où tout se passe. L’école où il n’y a pas que les enseignements qui y sont dispensés mais aussi les valeurs humaines et de solidarité dont elle est dépositaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top