Forme physique des élèves de sixième : un révélateur d’inégalités sociales
Déployée à grande échelle en 2025 par l’Éducation nationale, l’évaluation des capacités physiques en sixième met en lumière des écarts marqués entre élèves, aux conséquences durables pour la santé publique et pour la collectivité.
A l’entrée au collège, un élève sur deux n’arrive pas à courir cinq minutes d’affilée. Pire, près d’un sur cinq n’atteint même pas trois minutes. Les premiers résultats de l’évaluation nationale des aptitudes physiques des élèves de sixième, menée par la DEPP, le service statistiques du ministère de l’Éducation nationale, sont alarmants.
Réalisée à la rentrée 2025 auprès de plus de 260 000 élèves, cette étude mesure l’endurance, la vitesse et la force musculaire des élèves de 11 ans. Loin d’un simple constat sportif, elle met en évidence des écarts précoces, massifs et socialement marqués. Bref, tous les enfants n’abordent pas la sixième dans les mêmes conditions physiques, des différences qui ne sont ni neutres ni aléatoires.
C’est ce que confirme l’analyse détaillée des résultats. L’endurance apparaît comme le point de fragilité majeur, loin devant la vitesse ou la force. Les élèves les plus en difficulté ne sont pas répartis au hasard : les filles, les élèves issus des milieux modestes et ceux scolarisés dans les territoires les moins favorisés y sont surreprésentés. Loin d’un problème individuel, ces données dessinent une question collective, aux conséquences durables pour la santé publique et pour les politiques éducatives.
Des écarts sociaux massifs et prévisibles
L’élément le plus marquant réside donc dans la distribution sociale des résultats. En croisant les performances avec l’indice de position sociale des collèges, la DEPP met en évidence une fracture nette. Pour l’endurance, la part d’élèves classés « satisfaisant » est presque deux fois plus élevée dans les établissements les plus favorisés que dans les moins favorisés. Les écarts sont également présents pour la force et la vitesse.
Chez l’enfant et l’adolescent, l’activité physique est indispensable pour une croissance harmonieuse, la condition physique et la santé mentale. La pratique de l’activité physique contribue à améliorer la santé mentale, en renforçant la confiance et l’estime de soi, et en réduisant l’anxiété, le stress et les risques de dépression. Elle améliore également la concentration et peut être considérée comme un facteur favorable pour la réussite scolaire.
Les différences selon le sexe demeurent importantes. Les filles, en particulier celles issues des milieux populaires, sont nettement surreprésentées parmi les élèves en difficulté, surtout en endurance. Ces écarts ne traduisent pas un manque de volonté individuelle. Ils renvoient à des réalités très concrètes : accès inégal aux clubs sportifs, coût des pratiques, disponibilité familiale, environnement plus ou moins propice à l’activité physique.
Ils reflètent aussi des choix publics anciens tels que me sous-investissement dans le sport scolaire, les fortes inégalités territoriales d’équipements, l’affaiblissement des politiques de prévention dès l’enfance. L’évaluation mesure ainsi autant la condition physique des élèves que l’état des politiques publiques qui encadrent leur quotidien.
Santé future : un enjeu collectif
Les écarts observés constituent un enjeu de santé publique. L’endurance, la force et la vitesse conditionnent l’entrée dans l’activité physique et la capacité à maintenir une pratique régulière. À terme, ils influencent l’exposition aux maladies chroniques liées à l’inactivité et à la sédentarité. Sur le plan économique, le coût est déjà documenté. Selon Santé publique France, la sédentarité représente environ 17 milliards d’euros par an, en dépenses de santé et en pertes de productivité.
Ce chiffre rappelle une réalité souvent absente du débat public : les arbitrages budgétaires défavorables à la prévention, à l’éducation physique et au sport pour tous se traduisent, à moyen terme, par des dépenses de santé plus élevées. Ce qui est présenté comme de la rigueur relève en réalité d’un simple report de coûts.
Ce que ces résultats obligent à faire
La généralisation de l’évaluation en 2025 donne un poids nouveau aux constats esquissés l’année précédente. L’édition 2024 a permis de construire l’outil et d’en tester les modalités ; la montée en charge de 2025 rend désormais visibles, à une échelle inédite, des écarts anciens et profondément structurés. Un élève qui n’a jamais eu accès à une pratique sportive régulière, faute de moyens ou d’offre à proximité, n’aborde pas le collège dans les mêmes conditions qu’un autre. Dans certains territoires, l’absence d’équipements accessibles ou le coût des activités périscolaires se traduisent, dès l’entrée en sixième, par des fragilités que l’école ne peut compenser seule.
Ces constats appellent des choix explicites : concentrer prioritairement les moyens là où les difficultés sociales et physiques se cumulent, renforcer le sport scolaire, garantir une accessibilité réelle aux pratiques pour les familles modestes. Financer des équipements, des heures d’EPS ou des associations locales ne relève pas d’un choix secondaire, mais d’un arbitrage budgétaire qui engage, à moyen terme, l’état de santé de toute une génération.
Ces tests ne livrent donc pas seulement une photographie de la condition physique des élèves de sixième. Ils posent une question politique très concrète : dans quels territoires accepte-t-on que les enfants entrent au collège déjà fragilisés et combien sommes-nous prêts à investir pour que la santé future ne dépende pas, dès 11 ans, du lieu de résidence ou du revenu familial ?
Notes
1 – DEPP, Évaluation des qualités physiques des élèves de sixième à la rentrée 2025, Note d’information, 2026.
2 – Santé publique France, Activité physique et sédentarité chez les enfants et les adolescents.
3 – Organisation mondiale de la santé, Recommandations mondiales sur l’activité physique pour les enfants et adolescents.
4 – Santé publique France, Inactivité physique et sédentarité : impacts sanitaires et économiques ; ministère des Sports, L’impact économique de la sédentarité en France.
Notre site est accessible, sans abonnement, sans mur payant, sans publicité, parce que nous voulons que tous ceux qui le souhaitent puissent lire et partager nos articles.
Mais ce choix a une contrepartie : sans vos dons, déductibles des impôts,
Le Nouveau Paradigme ne peut pas exister.
Nous dépendons donc exclusivement du soutien de nos lectrices et lecteurs.
