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Les dossiers LNP Municipales 2026

Se déplacer sans payer : la mobilité doit être un droit

Municipales 2026 – Épisode 5

Dans de nombreuses villes, la liberté de circulation est devenue un privilège. Rendre la mobilité accessible à tous est l’une des clés d’une commune ou d’une intercommunalité réellement sociale et écologique.

Se déplacer est devenu un problème quotidien. Aller travailler, accompagner les enfants à l’école, faire ses courses ou accéder à un service public suppose souvent une organisation complexe, coûteuse et épuisante. Pour des millions de personnes, la mobilité n’est plus un droit, mais une contrainte permanente. Et plus la ville s’étale, plus cette contrainte pèse lourdement sur les plus modestes.

La voiture est devenue la solution par défaut, non par choix mais par nécessité. Elle est souvent présentée comme un symbole de liberté, alors qu’elle est, pour beaucoup, une obligation financière et écologique. Carburant, entretien, assurance, stationnement : le coût est considérable. Et quand les prix flambent, ce sont toujours les mêmes qui paient. La mobilité est aujourd’hui l’un des premiers facteurs d’inégalité territoriale.

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La dépendance organisée à la voiture

Cette situation est le résultat de décennies d’aménagements pensés autour de la voiture individuelle. Zones commerciales en périphérie, logements éloignés des centres, services publics dispersés, transports collectifs insuffisants ou trop chers. Les communes ont souvent accompagné cet étalement, parfois faute d’alternative, parfois par choix politique.

Le résultat est une ville fragmentée. Ceux qui vivent près des centres disposent de tout à proximité. Ceux qui en sont éloignés cumulent les temps de trajet, les dépenses et la fatigue. La mobilité devient une ligne de fracture sociale. Dans ce modèle, la transition écologique est vécue comme une punition, parce qu’elle vient restreindre un usage devenu indispensable.

La gratuité des transports, une fausse bonne idée ?

Rendre les transports publics gratuits est souvent caricaturé. Trop cher, inefficace, inutile, dit-on. Pourtant, là où cette politique a été mise en place, les effets sont clairs. La fréquentation augmente, les déplacements se diversifient, l’accès aux services et à l’emploi s’améliore. La gratuité ne supprime pas tous les problèmes, mais elle change radicalement le cadre.

Elle lève d’abord une barrière financière. Pour les ménages modestes, pour les jeunes, pour les personnes âgées, le coût de l’abonnement est souvent un frein. La gratuité transforme le transport public en service universel, au même titre que l’école ou l’éclairage public. On ne « consomme » plus un trajet, on exerce un droit. C’est aussi un moyen, à une époque où beaucoup estiment payer des impôts « pour que les autres en profitent », de toucher du doigt, même si i l’on est de la classe moyenne supérieur ou vraiment aisé, l’utilisation de sa propre contribution.

Par ailleurs, le système évite l’écueil des tarifs multiples : seniors, résidents ou non, jeunes… Lors que l’on voit un bus ou un tramway, plus besoin d’être expert en grille tarifaire, on monte dedans.

La gratuité réelle modifie aussi le regard porté sur les transports collectifs. Ils cessent d’être perçus comme un pis-aller réservé à ceux qui n’ont pas le choix. Ils deviennent un bien commun, partagé par tous. Cette dimension symbolique est essentielle.

Une politique sociale, mais aussi écologique

La mobilité est l’un des principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre. Réduire la place de la voiture individuelle est une nécessité écologique. Mais cette réduction ne peut pas reposer sur des injonctions morales ou des sanctions financières. Elle suppose des alternatives crédibles, accessibles et confortables.

La gratuité des transports publics s’inscrit dans cette logique. Elle incite au report modal sans culpabilisation. Elle permet à des habitants de laisser la voiture au garage, parfois de s’en passer complètement. Elle rend possible une transition écologique qui ne soit pas socialement punitive.

Mais la mobilité municipale, ou intercommunale, ne se résume pas aux bus et aux tramways. Elle concerne aussi les cheminements piétons, les pistes cyclables, l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, la proximité des services. Une commune réellement sociale et écologique pense la ville à hauteur d’habitant, pas à hauteur de moteur.

Qui paie, vraiment ?

Comme toujours, la question du financement revient en boucle. Et comme toujours, elle est souvent posée de manière biaisée. Les transports ne sont jamais gratuits. Ils sont soit financés collectivement, soit payés individuellement. Dans le modèle actuel, ce sont surtout les ménages qui supportent le coût, à travers l’achat et l’usage de la voiture.

La gratuité des transports publics repose sur un autre choix. Celui de financer la mobilité par la collectivité, via le versement mobilité des entreprises, les budgets municipaux et intercommunaux et une réorientation des priorités. Là où l’on consacre des millions aux infrastructures routières, aux parkings ou aux aménagements favorables à la voiture, on peut investir dans des réseaux accessibles à tous.

Là encore, la question foncière est centrale. Une ville qui organise l’étalement paie ensuite le prix fort en infrastructures et en transports. Une ville qui densifie intelligemment, qui rapproche logements, emplois et services, réduit mécaniquement les besoins de déplacement et les coûts associés.

La mobilité comme condition de l’égalité

Sans mobilité accessible, les droits restent théoriques. Le droit au travail, le droit à l’éducation, le droit à la santé supposent de pouvoir se déplacer facilement et à moindre coût. Une commune qui laisse se creuser les inégalités de mobilité accepte de fait une citoyenneté à plusieurs vitesses.

Repenser la mobilité municipale, ce n’est pas seulement réduire la pollution ou fluidifier la circulation. C’est décider que la ville appartient à ceux qui y vivent, pas seulement à ceux qui peuvent se payer une voiture. C’est faire de la circulation un outil d’émancipation plutôt qu’un facteur d’exclusion.

Dans le prochain épisode, nous aborderons un autre pilier souvent sous-estimé de la commune sociale et écologique : l’alimentation, au-delà de la cantine, et la capacité des villes à reprendre la main sur ce qu’elles produisent et consomment.

(Image du haut : Bus gratuit dans l’agglomération de Dunkerque. Photo signée « Les passionnés du Dk’bus »)

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