Dividendes au plus haut, pauvreté en hausse : les chiffres que le discours de rigueur évite
La richesse financière se maintient à des sommets pendant que la précarité s’installe.
L’année 2025 a été racontée comme celle de la normalisation économique. Inflation en net ralentissement, salaires à nouveau orientés à la hausse, finances publiques sous tension. Un récit rassurant, presque apaisant. Mais les chiffres disponibles racontent une autre histoire. Une histoire moins spectaculaire, mais plus dérangeante : celle d’un pays où les revenus du capital se maintiennent à des niveaux historiquement élevés, tandis que la pauvreté et la précarité continuent de progresser.
Des dividendes durablement à un niveau record
Selon les comptes financiers publiés par la Banque de France, les revenus distribués par les entreprises (Sociétés non financières) sous forme de dividendes et assimilés ont atteint des sommets. Si l’on cumule l’ensemble des sociétés françaises, le flux a dépassé les 250 milliards d’euros dès 2023 [1], se maintenant à des niveaux très élevés en 2024 et en 2025 malgré le ralentissement de la croissance. Cette stabilité au sommet concerne en particulier les grandes entreprises cotées, dont les marges ont été préservées dans les secteurs de l’énergie, de la finance ou du luxe.
Les données de l’Insee confirment cette tendance structurelle : la part de la valeur ajoutée consacrée à la rémunération du capital reste historiquement haute, dépassant les niveaux pré-pandémie. Autrement dit, la richesse produite ne disparaît pas, elle est redistribuée en priorité vers l’actionnariat plutôt que vers la masse salariale ou l’investissement productif.
Une pauvreté qui progresse, y compris chez les actifs
En miroir, les indicateurs sociaux suivent une trajectoire inverse. Selon l’Insee, le taux de pauvreté monétaire a grimpé à 15,4 % de la population [2], son plus haut niveau depuis le milieu des années 1990, soit plus de 9,8 millions de personnes. Cette hausse est d’autant plus marquante qu’elle intervient dans un contexte de reflux de l’inflation globale, qui ne compense pas l’envolée passée des prix alimentaires.
Cette pauvreté n’est plus l’apanage des personnes sans activité. D’après l’Observatoire des inégalités, près de 2,2 millions de personnes en emploi vivent sous le seuil de pauvreté [3]. Le travail ne protège plus mécaniquement de la précarité. Les classes moyennes inférieures voient également leur situation se fragiliser : hausse des dépenses contraintes, recul de l’épargne et difficulté croissante à absorber le moindre choc financier.
Dépenses contraintes : le verrou invisible
Ce décalage entre richesse produite et conditions de vie s’explique en grande partie par la structure du budget des ménages. Selon l’Insee, les dépenses dites « pré-engagées » (logement, énergie, assurances, abonnements) représentent désormais 30,4 % du revenu disponible brut des ménages en moyenne [4], contre moins de 20 % au début des années 2000.
Pour les ménages modestes, cette part dépasse souvent 40 % du revenu, réduisant drastiquement le reste à vivre. Cette rigidité budgétaire explique pourquoi une inflation ralentie ou une hausse salariale modérée ne se traduisent pas par une amélioration tangible du niveau de vie quotidien.
(Photo Alex Proimos – CC)
Notes :
1 – Banque de France : Statistiques des Sociétés Non Financières.
2 – Insee : Chiffres clés sur la pauvreté monétaire.
3 – Observatoire des inégalités : Rapport sur la pauvreté en France. Synthèse des données sur les travailleurs pauvres.
4 – Insee : Dépenses pré-engagées et pouvoir d’achat.
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