Malbouffe, l’Angleterre agit pendant que la France tergiverse
Publicité, prix, distribution. Ce que révèle le choix britannique sur nos propres renoncements.
Le Royaume-Uni vient de franchir un cap que la France n’ose toujours pas suivre. Depuis cette semaine, les publicités pour les aliments les plus gras, salés et sucrés sont interdites à la télévision avant 21 heures et totalement bannies sur internet. Une décision assumée, pensée comme un levier de santé publique dans un pays confronté à une progression continue de l’obésité infantile. Selon les autorités britanniques, la mesure pourrait éviter jusqu’à 20 000 cas d’obésité chez les enfants chaque année et alléger une facture sanitaire estimée à 11,4 milliards de livres (13 milliards d’euros) pour le NHS, le système de santé britannique.
Derrière cette interdiction se dessine une idée simple. Réduire l’exposition des enfants à un marketing alimentaire omniprésent, fondé sur la répétition des messages, leur personnalisation et la banalisation du grignotage.
Une alimentation structurée par la publicité et le prix
Au Royaume-Uni, la situation est documentée depuis des années. À l’entrée à l’école primaire, 22 % des enfants sont déjà en surpoids ou obèses. Ils sont près de 36 % à la fin du primaire. Dans certains quartiers populaires de Londres, ces proportions dépassent largement la moyenne nationale. Les mécanismes sont désormais bien identifiés. Une offre de restauration rapide dense, des produits ultra-transformés bon marché, faciles à consommer seuls, et une publicité ciblée qui accompagne les enfants dès le plus jeune âge, sur les écrans comme dans l’espace public.
La logique n’est pas seulement culturelle. Elle est aussi économique. Les produits les plus transformés sont souvent les moins chers au kilo, les plus accessibles dans les commerces de proximité et les plus fortement promus. Le grignotage n’est pas une dérive individuelle. Il est encouragé par la structure même de l’offre alimentaire.
La société civile face aux stratégies de contournement
La décision britannique doit beaucoup à des associations comme Bite Back 2030, qui dénoncent depuis des années l’exposition continue des mineurs à des messages publicitaires pour des produits à faible valeur nutritionnelle. Leur mobilisation a permis de faire reconnaître un principe longtemps contesté. La publicité alimentaire n’est pas neutre. Elle participe directement à la construction des comportements alimentaires.
Les militants restent toutefois lucides. L’interdiction des écrans risque de déplacer le marketing vers d’autres canaux, comme l’affichage urbain, les promotions en magasin, le sponsoring d’événements ou le placement de produits sur les réseaux sociaux. Une première ouverture est néanmoins créée. Elle oblige déjà les industriels à adapter leurs stratégies.
Le Royaume-Uni n’en est d’ailleurs pas à sa première intervention sur l’offre alimentaire. Dès les années 2000, une politique volontariste de réduction du sel avait déjà conduit les industriels à reformuler leurs produits, avec des effets mesurables sur la santé publique (Lire ci-dessous).
En France, une situation moins visible mais tout aussi préoccupante
La France continue de se penser protégée par sa tradition culinaire. Les chiffres dessinent une réalité plus contrastée. Selon Santé publique France, 17 % des enfants âgés de 6 à 17 ans sont en surpoids et 4 % sont obèses. Chez les adultes, près d’un Français sur deux est en surpoids, dont 17 % en situation d’obésité. Ces moyennes masquent de profondes inégalités sociales. L’obésité touche deux fois plus les ménages les plus modestes que les plus favorisés.
Un autre indicateur éclaire ces écarts. Les données de l’Insee montrent que les ménages aux revenus les plus faibles consacrent une part plus importante de leur budget alimentaire à des produits transformés à bas prix, riches en sucres, en graisses et en sel. Il ne s’agit pas d’un choix éclairé, mais d’une contrainte économique, renforcée par une offre alimentaire largement orientée.
Des politiques publiques qui s’arrêtent au bord du chemin
La France dispose d’outils, mais les mobilise partiellement. Le Nutri-Score existe, mais reste facultatif et régulièrement contesté. La publicité pour les aliments les moins favorables sur le plan nutritionnel n’est pas interdite aux heures de grande écoute, y compris dans des programmes suivis par les enfants. Les promotions massives sur les sodas, les biscuits et les snacks demeurent autorisées, y compris en tête de gondole dans les magasins.
Surtout, la question des aliments ultra-transformés reste largement absente des stratégies officielles. Les documents de planification évoquent le rééquilibrage alimentaire et la responsabilisation des consommateurs. Ils évitent de s’attaquer frontalement aux mécanismes centraux que sont les prix, le marketing et la distribution.
Bonus réparation textile, mode d’emploi
Et oui, il existe en France un Bonus réparation textile. Pour en bénéficier, il suffit de s’adresser à un réparateur labellisé QualiRépar. Cela inclut les artisans, réparateurs indépendants ou services après-vente reconnus.
Le bonus s’applique directement sur la facture, sous forme de réduction forfaitaire allant de 6 à 25 euros selon la nature de la réparation (par exemple, 7 euros pour une couture ou 25 euros pour un ressemelage de chaussures). Cette aide est cumulable et peut couvrir jusqu’à 60 % du coût total de la réparation.
Aucune démarche administrative n’est requise. La liste des réparateurs agréés est disponible sur le site refashion.fr
Des leviers pourtant identifiés
L’exemple britannique montre que d’autres choix sont possibles. Encadrer strictement la publicité alimentaire destinée aux enfants, rendre le Nutri-Score obligatoire, limiter les promotions sur les produits les plus nocifs, agir sur les prix par la fiscalité, renforcer la qualité nutritionnelle de la restauration scolaire et soutenir l’accès à des aliments bruts à coût abordable.
La malbouffe n’est pas qu’une affaire de comportements individuels. Elle est le produit d’un système où la visibilité, le prix et la disponibilité orientent massivement les choix. Tant que ces leviers resteront intouchables, la France continuera d’observer la courbe monter, en espérant que la culture gastronomique suffise à faire barrage. L’expérience britannique rappelle une évidence. En matière de santé publique, l’inaction est aussi une décision.
(1) Les résultats de l’étude ESTEBAN 2014-2015
France et Royaume-Uni : deux modèles alimentaires, des écarts qui se réduisent
Historiquement, la France s’est construite autour du repas structuré, pris à heure fixe, souvent en famille, avec une forte valorisation culturelle de la cuisine. La restauration scolaire y est encadrée par des normes nutritionnelles nationales et le temps du repas reste un marqueur social fort.
Au Royaume-Uni, l’alimentation s’est davantage organisée autour de la praticité et du grignotage. Les repas sont moins ritualisés, plus souvent pris individuellement, et la restauration rapide occupe une place centrale dans l’offre quotidienne, notamment dans les quartiers populaires.
Ces différences tendent toutefois à s’estomper. En France, la progression des aliments ultra-transformés, l’augmentation du grignotage et la pression publicitaire rapprochent progressivement les pratiques alimentaires des modèles anglo-saxons. L’exemple britannique montre que ces évolutions ne relèvent pas seulement des choix individuels, mais de décisions économiques et politiques.
Comment le Royaume-Uni a déjà réussi à faire baisser le taux de sel

Au Royaume-Uni, la récente interdiction des publicités pour les aliments les plus gras, salés et sucrés s’inscrit dans une trajectoire plus longue. Dès le début des années 2000, les autorités sanitaires avaient déjà pris la mesure d’un autre problème majeur de santé publique. La consommation excessive de sel, étroitement liée à l’hypertension et aux maladies cardiovasculaires, figurait alors parmi les principaux facteurs de risque évitables.
L’objectif fixé était clair. Ramener la consommation moyenne de sel des adultes à 6 grammes par jour, un seuil nettement inférieur aux niveaux observés à l’époque. Pour y parvenir, l’État n’a pas misé sur la seule responsabilisation individuelle. Il a choisi d’agir directement sur la composition des aliments consommés quotidiennement.
Des objectifs chiffrés, produit par produit
La stratégie britannique s’est appuyée sur un principe simple. Fixer des cibles précises de teneur maximale en sel, catégorie par catégorie. Pain, céréales, soupes, plats préparés, charcuteries ou viandes transformées ont été progressivement concernés. Ces objectifs ont été révisés à plusieurs reprises, notamment en 2017 puis à l’horizon 2024, afin d’inscrire la baisse dans la durée.
L’État n’a pas produit les aliments lui-même. Il a fixé un cadre, suivi les résultats et rendu publics les engagements pris. Cette visibilité a joué un rôle clé. Pour rester dans la norme et éviter une exposition négative, de nombreuses entreprises ont reformulé leurs recettes, souvent sans que les consommateurs en aient pleinement conscience.
Une négociation, mais avec un cap non négociable
Le processus n’a pas été exempt de résistances. Certaines filières, en particulier la viande transformée (jambon, bacon…), ont invoqué des contraintes techniques ou sanitaires pour justifier une réduction plus lente du sel. Les autorités ont alors mobilisé des groupes d’experts, ajusté le calendrier et accompagné les adaptations nécessaires.
Mais le cap, lui, n’a jamais été remis en cause. La priorité restait la santé publique. Cette constance a permis, au fil des années, une baisse mesurable de l’apport en sel à l’échelle de la population et une réduction de la pression liée aux maladies cardiovasculaires.
Une leçon politique toujours d’actualité
L’expérience britannique rappelle un point souvent occulté dans le débat français. Les choix alimentaires ne dépendent pas uniquement de la volonté ou de l’éducation des individus. Ils sont largement conditionnés par ce que l’offre rend visible, disponible et abordable.
En fixant des objectifs clairs, mesurables et publics, en s’appuyant sur l’expertise scientifique et en assumant un rapport de force avec les acteurs économiques, un État peut orienter durablement l’alimentation vers plus de santé. Sans moralisme, sans injonctions individuelles, mais avec des résultats concrets.
À l’heure où la France hésite encore à s’attaquer frontalement aux aliments ultra-transformés, l’exemple britannique du sel rappelle une évidence. La régulation de l’offre alimentaire est un choix politique. Et lorsqu’il est assumé, il peut produire des bénéfices collectifs durables.
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