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Policier municipal en train de discuter avec des jeunes dans un parc
Les dossiers LNP Municipales 2026

Sécurité : reconstruire le lien plutôt que multiplier les caméras

Municipales 2026 – Épisode 7

La sécurité ne se résume ni aux uniformes ni à la vidéo-surveillance. Une commune réellement sociale et écologique agit d’abord sur les causes de l’insécurité en ramenant les services publics, la présence humaine et des lieux de vie dans tous les quartiers.

À chaque campagne municipale, la même séquence revient. Plus de police municipale. Plus de caméras. Plus d’armement. La sécurité devient un concours de fermeté. Comme si l’empilement de dispositifs répressifs suffisait à réparer des décennies de fractures sociales.

Personne ne nie les réalités vécues dans certains secteurs. Incivilités, trafics, violences, sentiment d’abandon. Les habitants des quartiers populaires sont souvent les premières victimes de l’insécurité. Mais réduire la réponse municipale à la seule répression, c’est traiter les conséquences sans jamais s’attaquer aux causes.

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La commune n’a pas la compétence régalienne en matière de sécurité. Celle-ci relève de l’État. En cherchant à compenser ses défaillances par une montée en puissance policière locale, elle risque de brouiller les responsabilités sans résoudre les problèmes. Multiplier les caméras peut rassurer à court terme. Cela ne recrée ni emploi, ni services publics, ni accompagnement social. Or l’insécurité prospère là où le lien social se défait.

La sécurité commence par la présence

La première sécurité, c’est la présence humaine. Éducateurs de rue, médiateurs, travailleurs sociaux, animateurs, associations de quartier. Là où ces figures disparaissent, le vide est rapidement occupé par d’autres logiques.

Ramener des services publics dans tous les quartiers est un levier bien plus puissant qu’on ne le dit. Aider un senior à comprendre comment marche son téléphone portable peut être une question de sécurité réelle. Accompagner une mère célibataire vers l’emploi et des solutions de garde, c’est prévenir des situations de grande fragilité. Orienter un jeune en décrochage scolaire avant qu’il ne s’enfonce dans l’isolement, c’est agir en amont.

La sécurité ne commence pas au commissariat. Elle commence à l’école, dans les centres sociaux, dans les équipements culturels et sportifs, dans les lieux où l’on peut pousser une porte et trouver quelqu’un.

Une maison au service du public dans chaque quartier

Concrètement, cela suppose une infrastructure municipale claire : des maisons au service du public, implantées dans tous les quartiers, identifiables, ouvertes, accessibles sans rendez-vous.

Pas des guichets impersonnels. De véritables lieux d’accueil où l’on trouve toujours un professionnel capable d’écouter, d’orienter, d’accompagner. Une femme victime de violences doit pouvoir être immédiatement aiguillée vers quelqu’un de formé. Un étudiant en grande précarité doit y être guidé vers les aides auxquelles il a droit. Un retraité perdu face à une plateforme en ligne doit pouvoir être aidé sans humiliation.

Ces maisons ne remplaceraient pas les services publics nationaux. Elles les feraient revenir. La commune peut mettre à disposition des locaux et exiger des permanences régulières de la CAF, de la CPAM, des impôts, de France Travail. Elle peut organiser un accès permanent aux droits sociaux. Car la dématérialisation massive a éloigné l’État de ceux qui en ont le plus besoin. Une commune protectrice ne peut pas accepter que l’accès aux droits dépende de la maîtrise d’un smartphone.

Des lieux pour grandir, créer et se rencontrer

La prévention passe aussi par les espaces où l’on se retrouve. Une commune qui va de l’avant investit dans des infrastructures sportives et culturelles accessibles à tous. Gymnases ouverts, terrains entretenus, maisons des jeunes, bibliothèques vivantes, salles de répétition, ateliers artistiques. Ces lieux ne sont pas des dépenses secondaires : ils structurent le temps libre, offrent des horizons, créent des relations.

Pour beaucoup de jeunes, l’absence d’espaces d’expression et d’activités accessibles favorise l’errance et le sentiment d’abandon. À l’inverse, des clubs sportifs dynamiques, des ateliers culturels, des projets artistiques et des événements de quartier constituent de puissants facteurs d’intégration et d’estime de soi.

Soutenir les associations locales est donc une politique de sécurité à part entière. Les bénévoles, les éducateurs, les responsables associatifs tissent un maillage humain que ni les caméras ni les patrouilles ne remplaceront jamais. Subventionner durablement ces initiatives, leur offrir des locaux stables, reconnaître leur rôle, c’est investir dans la cohésion sociale.

Prévenir plutôt que réprimer

Ce type de dispositif agit en amont. Une dette signalée tôt évite une expulsion. Une situation familiale accompagnée rapidement évite une rupture. Un isolement rompu limite les tensions. La prévention est moins spectaculaire que la répression, mais infiniment plus efficace.

Cela suppose d’investir dans les métiers du lien : assistantes sociales, éducateurs spécialisés, médiateurs, infirmières, psychologues. Leur présence régulière dans les quartiers constitue une politique de sécurité autrement plus solide que l’accumulation d’équipements sécuritaires.

La police municipale, dans ce cadre, doit être clairement redéfinie. Elle n’a ni vocation à se substituer à la police nationale, ni à entrer dans une logique de surenchère sécuritaire. Son rôle premier devrait être la proximité, la médiation et la connaissance fine du terrain. Une présence identifiable, accessible, connue des habitants, capable de désamorcer les conflits du quotidien plutôt que d’y répondre par la force.

L’armement létal brouille cette mission. Il installe une confusion entre police municipale et forces régaliennes, alimente une logique d’escalade et transforme une police de contact en police d’intervention. Or une collectivité locale n’a pas à devenir une force armée parallèle. Elle doit au contraire incarner une autre conception de la sécurité : prévention, dialogue, régulation des tensions, accompagnement des habitants les plus fragiles.

Redonner à la police municipale un rôle d’apaisement suppose également de la former autrement, de l’inscrire dans un travail coordonné avec les travailleurs sociaux, les éducateurs et les associations. La sécurité locale n’est pas une affaire d’armes supplémentaires, mais de coopération. Une commune réellement sociale et écologique assume que la fermeté n’exclut pas l’humanité, et que la présence dissuasive ne doit jamais se transformer en logique de confrontation.

Reconstruire le vivre ensemble

Toutes les politiques évoquées dans ce dossier (logement accessible, urbanisme équilibré, mobilité universelle, alimentation de qualité) participent déjà à la sécurité. Une ville moins ségréguée, moins isolée, moins précarisée est une ville plus stable.

Faire revenir la vie dans les quartiers, dans tous les quartiers, est une politique de sécurité. Réouvrir des services, recréer des lieux communs, soutenir les associations, investir dans le sport et la culture, c’est retisser du lien là où il s’est effiloché.

La sécurité municipale la plus efficace n’est pas celle qui impressionne. C’est celle qui protège en amont, qui réduit les inégalités plutôt que de tenter de les contenir par la force.

Dans le prochain épisode, nous aborderons la démocratie locale. Car au fond, la sécurité est aussi une question de pouvoir : qui décide, qui participe, qui se sent légitime dans l’espace public.

(Photo DR – CC)

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