Les dossiers LNP

Marché_aux_Fruits_et_Légumes_à_Aix-en-Provence_Photo TMV
Les dossiers LNP Municipales 2026

Manger est un acte politique : il faut reprendre la main sur l’alimentation locale

Municipales 2026 – Épisode 6

Derrière la flambée des prix, la malbouffe et la dépendance aux grandes chaînes, l’alimentation est devenue l’un des angles morts des politiques municipales. À tort.

Pendant longtemps, l’alimentation a été considérée comme une affaire privée. À chacun de se débrouiller, selon ses moyens, ses horaires, son lieu d’habitation. Les pouvoirs publics se contentaient de gérer les crises sanitaires et, au mieux, la restauration collective. Le reste relevait du marché. Aujourd’hui, il faut interroger cet ordre établi. La cantine scolaire est un point d’entrée décisif, mais elle ne suffit pas à transformer le système alimentaire dans son ensemble.

Newsletter LNP

Chaque samedi, prenons le temps de comprendre l’actualité autrement.
Des analyses claires et indépendantes, loin du bruit de l’info en continu.

🎁 Offert à l’inscription : notre guide « Les 10 idées reçues qui nous empêchent de penser l’époque ».

Inflation alimentaire, précarité croissante, désertification commerciale, disparition des producteurs locaux, explosion de l’obésité et des maladies liées à la nutrition : manger est devenu un problème social majeur. Et comme souvent, ce sont les plus modestes qui paient le prix fort. Non seulement en euros, mais pour leur santé, en temps et en dignité.

Quand bien se nourrir devient un privilège

Dans de nombreuses communes, l’accès à une alimentation de qualité dépend désormais du quartier où l’on vit. Centres-villes gentrifiés, marchés bio et commerces spécialisés d’un côté ; périphéries, zones pavillonnaires et centres-bourgs désertés de l’autre, où dominent les grandes surfaces et la restauration rapide. Cette géographie alimentaire fabrique des inégalités durables.

Les ménages les plus précaires sont pris au piège. Les produits frais coûtent plus cher, nécessitent du temps pour être préparés, supposent parfois de se déplacer loin. Résultat : une alimentation plus pauvre, plus industrielle, plus transformée. La question alimentaire devient ainsi un puissant facteur de reproduction des inégalités sociales.

L’illusion du tout-marché

Face à cette situation, le discours dominant reste le même : le marché s’adaptera, l’offre suivra la demande, les consommateurs choisiront mieux. C’est oublier que le marché alimentaire est aujourd’hui dominé par quelques acteurs géants, dont le modèle repose sur les volumes, la standardisation et la pression sur les producteurs.

Les communes, elles, se retrouvent souvent spectatrices. Elles subissent la fermeture des commerces de proximité, l’installation de zones commerciales périphériques, la disparition des terres agricoles au profit du béton. Pourtant, là encore, elles disposent de leviers puissants.

La commune comme actrice alimentaire

Une commune réellement sociale et écologique ne se contente pas de nourrir les enfants à la cantine. Elle se donne les moyens d’agir sur l’ensemble de la chaîne alimentaire locale. Cela commence par le foncier. Protéger les terres agricoles, empêcher leur artificialisation, installer de nouveaux paysans, soutenir la transmission des exploitations : sans cela, toute politique alimentaire est condamnée à l’échec.

Cela passe aussi par la commande publique. En structurant des débouchés pour les producteurs locaux, la collectivité peut sécuriser des revenus, encourager des pratiques plus durables et relocaliser une partie de l’alimentation. La restauration collective devient alors un moteur économique et écologique, pas un simple poste de dépense.

Mais l’alimentation ne se joue pas seulement dans les cuisines centrales. Elle se joue aussi dans les quartiers. Soutenir les commerces de proximité, favoriser les marchés accessibles, accompagner les initiatives coopératives, lutter contre les déserts alimentaires : autant de choix municipaux qui déterminent ce que les habitants peuvent réellement manger.

De l’aide alimentaire au droit à l’alimentation

Dans de nombreuses villes, la réponse à la précarité alimentaire repose presque exclusivement sur l’aide caritative. Banques alimentaires, distributions ponctuelles, colis d’urgence. Ces dispositifs sont indispensables, mais ils ne peuvent pas constituer une politique publique à long terme. Ils reposent sur la bonne volonté, le bénévolat et la gestion de la pénurie.

Une autre approche est possible. Considérer l’alimentation comme un droit fondamental, au même titre que l’éducation, la santé et la mobilité du quotidien. Cela suppose de sortir d’une logique d’assistance pour aller vers des dispositifs universels, émancipateurs, qui permettent aux habitants de choisir leur alimentation plutôt que de la subir.

Certaines communes expérimentent déjà des formes locales de sécurité sociale de l’alimentation, articulant soutien aux producteurs, accès universel à des produits de qualité et gouvernance démocratique. Ces expériences restent minoritaires, mais elles montrent une direction claire.

Écologie, santé et justice sociale : le même combat

La question alimentaire concentre toutes les contradictions du modèle actuel. On demande aux individus de manger mieux, plus sain, plus local, tout en laissant intact un système qui rend ces choix difficiles, voire impossibles. Une commune sociale et écologique inverse la logique. Elle crée les conditions matérielles du changement.

En agissant sur l’alimentation, la ville agit en même temps sur la santé publique, sur l’environnement, sur l’économie locale et sur le lien social. Elle réduit les transports, soutient l’agriculture de proximité, améliore la qualité de vie et lutte contre les inégalités. Peu de politiques publiques ont un impact aussi transversal.

Nourrir la ville autrement

Reprendre la main sur l’alimentation, ce n’est pas imposer un modèle unique ni dicter ce que chacun doit manger. C’est redonner aux habitants un pouvoir réel sur leur quotidien. C’est faire en sorte que bien manger ne soit plus un privilège, mais une évidence.

Avec une politique adéquat, l’alimentation peut ne pas être reléguée à la sphère privée. Elle est reconnue comme un enjeu politique central, parce qu’elle touche à la santé, à la dignité et à la capacité même de faire société.

Dans le prochain épisode, nous aborderons un autre pilier indispensable de cette commune à reconstruire : la sécurité, composante majeure du vivre ensemble, et qui ne peut se résumer aux seules réponses répressives que l’on retrouve à longueur de programmes électoraux.

(Photo VTM – CC)

Notre site est accessible, sans abonnement, sans mur payant, sans publicité, parce que nous voulons que tous ceux qui le souhaitent puissent lire et partager nos articles.

Mais ce choix a une contrepartie : sans vos dons, déductibles des impôts, Le Nouveau Paradigme ne peut pas exister.

Nous dépendons donc exclusivement du soutien de nos lectrices et lecteurs.

Je fais un don pour LNP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top