Ils nous offrent la lune pendant qu’ils détruisent la terre
Il y a des semaines où tout semble parfaitement aligné. Le ciel, les images, le récit collectif. Cette semaine, nous avions rendez-vous avec la Lune.
Les images de la mission Artemis II ont fasciné. Une humanité capable de s’arracher à la gravité, de repousser ses limites, de regarder au-delà de l’horizon. Pendant quelques instants, nous avons levé les yeux. Et, presque malgré nous, nous avons oublié le reste.
Car lorsque nous regardions la Lune, d’autres s’occupaient très concrètement de la Terre.
Pendant que nous commentions les prouesses technologiques, Donald Trump évoquait ouvertement sa volonté d’anéantir une civilisation entière en Iran. Une phrase de plus dans un monde saturé de menaces, mais une phrase qui, à elle seule, devrait suffire à déclencher un sursaut.
Alors que nous rêvions d’espace, Benjamin Netanyahu poursuivait ses opérations militaires au Liban, frappant des zones habitées, faisant des centaines de morts. Des vies balayées dans un silence presque gêné.
Et puis il y a ces absences. L’Ukraine. Gaza. Des conflits qui continuent, des morts qui s’accumulent, mais qui semblent avoir disparu de notre champ de vision.
Chez nous aussi, pendant que l’attention collective se dissipait, une loi passait presque en silence, renforçant encore la surveillance des plus précaires. Traquer les pauvres devient une politique publique à part entière.
Dans le même temps, une enquête de L’Humanité révélait que les moyens consacrés à la lutte contre la fraude fiscale diminuent. Moins d’agents, moins de contrôles, alors même que l’évasion fiscale représente entre 80 et 100 milliards d’euros.
Cherchez l’erreur.
Et puisqu’il faut pousser l’absurde jusqu’au bout, voici David Lisnard, maire de Cannes et candidat à la présidentielle, qui se met en scène en train de passer au broyeur le code de l’environnement, celui de l’urbanisme ou encore la loi SRU. Un geste présenté comme symbolique.
Il faut croire que depuis Cannes, entre deux palaces et quelques yachts, on doit avoir une perception assez précise de la crise du logement et des enjeux écologiques. Une sorte de vue panoramique, sans doute.
Ce geste n’est pas seulement grotesque. Il est révélateur d’une époque où détruire les règles censées protéger devient un argument politique.
Symbolique aussi la Une de Paris-Match qui nous présente, comme le magazine l’avait fait il y a quelques années avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ou avec Emmanuel et Brigitte Macron, le futur couple présidentiel. À moins qu’avec Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles on ne soit carrément revenu à l’Ancien régime. Le tiers État ayant bien sûr de gros soucis à se faire.
Pendant ce temps, à Lyon, des scientifiques venus du monde entier rappelaient une évidence : la recherche permanente du profit à court terme est incompatible avec la santé de la planète. Et avec la nôtre.
Nous le savons. Mais savoir ne suffit plus. Il faut des images. Du spectacle. Du rêve.
Alors nous regardons la Lune.
Et pendant ce temps, la Terre continue de brûler.
(Photo Nasa, mission Artemis II)
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