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Donald Trump. (Photo Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America)
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Trump : et si son camp refusait de perdre le pouvoir ?

Temps de lecture : 11 minutes

À la veille des élections de mi-mandat, les démocrates pourraient reprendre le Congrès. Mais le président américain et le mouvement MAGA, qui ont considérablement renforcé leur emprise sur l’État, pourraient ne pas accepter la défaite.

Dossier LNP – Spécial Trump à l’épreuve des « Midterms » (3/3)

Le 20 janvier 2025, Donald Trump retrouvait la Maison-Blanche et graciait massivement les participants de l’assaut du Capitole. Quatre ans plus tôt, ses partisans avaient envahi le siège du Congrès pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden. Pendant des semaines, le président sortant avait tenté de faire annuler sa défaite, exerçant des pressions sur les responsables électoraux, encourageant la constitution de listes de faux grands électeurs et cherchant à obtenir de son vice-président qu’il bloque la reconnaissance du résultat.

Ce retour au pouvoir a profondément changé la portée politique du 6 janvier 2021. Non seulement la tentative de renverser une élection n’a pas empêché Trump de retrouver la présidence, mais les grâces accordées aux émeutiers envoyaient un signal à ses soutiens : les violences commises en son nom pouvent bénéficier de sa protection.

L'attaque du Capitole le 6 janvier 2021. (Photo CC)
L’attaque du Capitole le 6 janvier 2021. (Photo CC)

À la veille des élections du 3 novembre, les fameuses Midterms, ce précédent prend une dimension particulière. Les démocrates pourraient reprendre la Chambre des représentants, mais aussi le Sénat, où plusieurs sièges républicains sont désormais disputés (1). Pour Donald Trump, une telle défaite représenterait bien davantage qu’un revers électoral. Elle pourrait remettre en cause l’équilibre politique qui lui a permis, depuis près de deux ans, de gouverner sans contre-pouvoir politique.

Ce que Trump pourrait perdre mardi

Une majorité démocrate à la Chambre des représentants pourrait bloquer de nouvelles lois, reprendre le contrôle des commissions parlementaires et ouvrir des enquêtes sur l’administration. Les dépenses publiques, les contrats fédéraux, les politiques migratoires ou les relations entre la Maison-Blanche et certaines grandes entreprises pourraient faire l’objet d’investigations approfondies. Des ministres et des hauts fonctionnaires pourraient être convoqués pour témoigner.

Mais la conquête du Sénat changerait encore davantage la donne. Les démocrates pourraient freiner ou bloquer la nomination de nouveaux ministres, ambassadeurs et hauts responsables fédéraux. Surtout, ils contrôleraient la confirmation des juges fédéraux, y compris d’éventuels nouveaux membres de la Cour suprême. Pour une droite américaine qui a fait de la transformation de la justice l’un des instruments de son influence durable, l’enjeu est considérable.

Le Congrès retrouverait également un poids accru dans les négociations budgétaires. Avec les deux chambres, les démocrates pourraient exercer une pression beaucoup plus forte sur les priorités financières de l’administration, même si Trump conserverait son droit de veto et une large autonomie dans la conduite de l’exécutif.

Une telle redistribution du pouvoir serait d’autant plus sensible que la présidence Trump s’appuie désormais sur une coalition de courants politiques et d’intérêts économiques. Les nationalistes de MAGA défendent un État autoritaire dans ses fonctions régaliennes, notamment l’immigration et la sécurité. Une partie de la droite libertarienne, proche des milieux technologiques et d’Elon Musk, souhaite au contraire démanteler de nombreuses fonctions économiques et sociales de l’État. Leurs projets divergent, mais ils ont convergé dans l’offensive contre les administrations, les régulations et les contre-pouvoirs.

La transformation de l’appareil fédéral (lire le deuxième volet de notre enquête) a ainsi renforcé les enjeux d’une alternance. Derrière la présidence se trouvent désormais des responsables nommés, des politiques engagées, des intérêts économiques et des réseaux d’influence dont la position pourrait être fragilisée par un Congrès hostile.

Une stratégie qui commence avant le vote

L’historien Thomas Zimmer, spécialiste de la démocratie américaine, considère que les États-Unis connaissent déjà une forme d’« autoritarisme compétitif » : les élections subsistent, mais le pouvoir cherche à modifier les conditions de la compétition et à délégitimer ses adversaires. Pour lui, la remise en cause de la démocratie ne commence pas lorsqu’un président refuse de quitter ses fonctions. Elle s’installe progressivement, à mesure que les institutions sont utilisées pour réduire les possibilités d’alternance (2).

Depuis son retour au pouvoir, Trump a multiplié les initiatives concernant les règles électorales. Les exigences de vérification de citoyenneté, les restrictions envisagées pour le vote postal et les pressions exercées sur les États s’ajoutent aux redécoupages de circonscriptions favorables aux républicains dans plusieurs territoires. Présentées comme des mesures de lutte contre la fraude, ces initiatives sont contestées par des associations de défense des droits électoraux, qui dénoncent des obstacles susceptibles d’écarter des électeurs pourtant habilités à voter.

L’offensive a rencontré une résistance judiciaire importante. Selon un bilan publié le 20 octobre par le Brennan Center for Justice, un centre de recherche américain indépendant spécialisé dans la défense de la démocratie et des droits électoraux, au moins 34 décisions de tribunaux fédéraux avaient suspendu ou bloqué des initiatives de l’administration Trump concernant les élections (3).

Ces revers montrent que la Maison-Blanche ne contrôle pas le processus électoral. Mais la multiplication des conflits contribue aussi à installer l’idée que les règles du scrutin sont contestables et que ses résultats pourraient l’être également. Le précédent de 2020 est éclairant. Trump n’avait pas besoin de démontrer une fraude massive pour engager sa campagne contre les résultats. Il lui suffisait d’en affirmer l’existence, de multiplier les recours et d’exercer des pressions sur les responsables chargés de certifier les votes.

Comment empêcher les démocrates de gouverner ?

Une victoire démocrate mardi pourrait donc ouvrir une nouvelle bataille, non plus seulement sur les résultats, mais sur leurs conséquences politiques. Thomas Zimmer évoque la possibilité de contestations prolongées dans certaines circonscriptions, voire de manœuvres destinées à empêcher des élus démocrates de siéger à la Chambre des représentants lors de l’installation du nouveau Congrès, le 3 janvier 2027 (4). Le scénario serait particulièrement sensible si la majorité se jouait à quelques sièges. Des procédures locales, des accusations de fraude et des litiges sur la certification pourraient alors devenir des instruments de confrontation nationale. 

Trump ne dispose cependant pas du pouvoir d’annuler les élections législatives. Leur organisation relève principalement des États, et les résultats ne passent pas par une certification présidentielle. Les chambres du Congrès disposent elles-mêmes de prérogatives concernant l’élection de leurs membres. Reste une autre possibilité : accepter formellement la composition du nouveau Congrès tout en cherchant à neutraliser ses pouvoirs. Une Maison-Blanche déterminée à gouverner par décisions exécutives pourrait multiplier les affrontements sur les budgets, les enquêtes parlementaires et l’application des lois.

Les démocrates disposeraient de moyens de contrôle réels, mais leur efficacité dépendrait de leur capacité à obtenir les documents demandés, à faire comparaître les responsables fédéraux et à imposer le respect de leurs prérogatives. Un refus de coopérer pourrait transformer chaque enquête en bataille judiciaire.

La conquête du Sénat compliquerait davantage la stratégie présidentielle, notamment en privant Trump de la possibilité de poursuivre librement ses nominations. Elle pourrait aussi renforcer les enquêtes parlementaires, avec des commissions démocrates dans les deux chambres. Pour le mouvement trumpiste, la perte simultanée de la Chambre et du Sénat serait ainsi susceptible de compromettre une partie de son projet de transformation durable de l’État.

La tentation de l’urgence sécuritaire

Parmi les scénarios examinés par les chercheurs figure également le recours à une crise sécuritaire pour justifier une intervention fédérale dans le processus électoral. L’idée d’utiliser les pouvoirs d’urgence, l’armée ou l’Insurrection Act a circulé dans certains milieux de la droite radicale américaine. En 2020 déjà, des proches de Trump avaient envisagé des mesures exceptionnelles pour remettre en cause les résultats de la présidentielle.

Le Brennan Center a étudié les fondements juridiques de ces hypothèses. Sa conclusion est nette : les pouvoirs d’urgence ne permettent pas au président de prendre le contrôle des élections, de saisir les machines à voter ou de suspendre le processus électoral. L’Insurrection Act ne lui donne pas davantage le droit de mobiliser des troupes pour empêcher la tenue d’un scrutin ou modifier son résultat (5).

Mais une crise politique ne se résume pas à la légalité des décisions prises. Un ordre illégal peut provoquer des tensions, entraîner des interventions fédérales ou intimider des responsables avant qu’un tribunal ne l’annule. Le recours à des mesures d’exception pourrait ainsi devenir un instrument de pression politique, même si les tribunaux finissaient par y mettre un terme.

La démocratie américaine a encore des défenses

Tous les chercheurs ne partagent pas le diagnostic alarmant de Thomas Zimmer. Dans une étude publiée en septembre dans Political Science Quarterly, la politiste Frances E. Lee souligne la résistance historique des institutions électorales américaines. Les scrutins ont continué à se tenir pendant les guerres, les crises économiques et la pandémie. Malgré la polarisation, la majorité des candidats battus reconnaissent encore leur défaite et les autorités électorales conservent une autonomie importante (6).

Les élections de mi-mandat pourraient ainsi permettre un retour au fonctionnement ordinaire des contre-pouvoirs, avec un président contraint de composer avec un Congrès hostile.

Le vice-président républicain Mike Pence, à la tribune du Capitole le 6 janvier 2021, a validé contre l'avis de Donald Trump l'élection de Joe Biden. (Photo White House-Public domain)
Le vice-président républicain Mike Pence, à la tribune du Capitole le 6 janvier 2021, a validé contre l’avis de Donald Trump l’élection de Joe Biden. (Photo White House-Public domain)

Mais comme le souligne le politiste Larry Bartels, les institutions ne résistent pas seules. Leur efficacité dépend de responsables politiques, de magistrats, de fonctionnaires et de militaires prêts à faire respecter leurs décisions. En 2020, plusieurs responsables républicains avaient refusé de céder aux pressions de Trump. Cette fois, le président dispose d’une administration profondément renouvelée, où la loyauté politique occupe une place beaucoup plus importante.

2028, la prochaine épreuve

Les élections de mi-mandat pourraient annoncer une confrontation plus importante encore lors de la prochaine présidentielle. Le 22e amendement interdit à Donald Trump d’être élu une troisième fois. Son mandat doit s’achever le 20 janvier 2029. Mais le président a entretenu à plusieurs reprises l’idée de rester au pouvoir au-delà de cette échéance, en évoquant des possibilités de troisième mandat. La question dépasse pourtant son avenir personnel. MAGA dispose d’une base électorale, de relais institutionnels, d’organisations militantes et de soutiens financiers capables de poursuivre son projet politique après lui. Le mouvement pourrait conserver la Maison-Blanche en faisant élire un autre candidat issu de son entourage.

L'administration Trump avec les casquettes Maga modifiées pour Golf of America. (Photo White House_Public Domain)
L’administration Trump avec les casquettes Maga modifiées pour Golf of America. (Official White House Photo by Molly Riley-Public domain)

Une défaite présidentielle de ce camp poserait une autre question : les responsables au pouvoir accepteraient-ils de transmettre les institutions qu’ils ont profondément transformées à une administration décidée à revenir sur leurs politiques ? Les méthodes employées après la présidentielle de 2020 pourraient alors retrouver une actualité : accusations de fraude, recours en série, pressions sur les responsables électoraux et tentatives de retarder la certification. Dans une situation plus grave, une crise institutionnelle ou sécuritaire pourrait être invoquée pour compliquer la transmission du pouvoir.

Le respect des résultats électoraux, comme celui des échéances constitutionnelles, repose en dernière instance sur la capacité des institutions à faire prévaloir leurs décisions sur la volonté d’un dirigeant et de ses soutiens. Jamais, au cours de ses deux présidences, Donald Trump n’avait disposé d’une telle emprise sur l’appareil fédéral ni bénéficié d’un mouvement politique aussi profondément installé dans les structures du pouvoir.

Le scrutin du 3 novembre dira si les électeurs américains souhaitent lui opposer de nouveaux contre-pouvoirs. Il permettra aussi de mesurer comment le président, son administration et ses alliés réagissent lorsque les urnes menacent de leur retirer une partie de leur autorité.

(Photo du haut signée Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America – CC)

Notes
 (1) Reuters, 19 octobre 2026, The midterm election outcomes that could shape Trump’s final two years.
 (2) Thomas Zimmer, 2025, Democracy Americana, « How the Republic Falls ».
 (3) Brennan Center for Justice, 20 octobre 2026, Here’s What 34 Courts Have Said About the Trump Administration’s Attempts to Take Over Elections.
 (4) Thomas Zimmer, octobre 2026, What Do Authoritarians Do When They Are About to Lose an Election?.
 (5) Brennan Center for Justice, 16 octobre 2026, Trump Can’t Use Emergency Powers to Interfere with Elections.
 (6) Frances E. Lee, septembre 2026, Normal Politics Under Stress: The 2026 Midterm Elections and Constraints on Presidential Power.

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