Consommation

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Alimentation : quand les industriels vendent l’illusion du « manger sain »

Temps de lecture : 5 minutes

Derrière les promesses rassurantes des emballages, l’industrie agroalimentaire continue de commercialiser des produits ultratransformés dont les effets sur la santé suscitent des inquiétudes. Une nouvelle enquête de Yuka et de l’UFC-Que Choisir met en lumière les limites de l’information des consommateurs et pose la question de la responsabilité des fabricants.

« Sans conservateurs », « sans colorants », « sans additifs artificiels »… Dans les rayons des supermarchés, ces mentions se multiplient sur les emballages. Elles répondent aux préoccupations sanitaires des consommateurs et suggèrent des produits plus naturels, donc meilleurs pour la santé. Mais cette impression ne correspond pas toujours à leur composition.

Dans une enquête publiée ce mardi 3 novembre, l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir et la société Yuka, éditrice d’une application mobile permettant d’évaluer la composition des produits alimentaires et cosmétiques en scannant leur code-barres, dénoncent une pratique qu’elles qualifient d’« additive washing ». Les deux organisations ont examiné une vingtaine d’aliments mettant en avant l’absence de certaines catégories d’additifs alors que leur composition comporte d’autres substances jugées préoccupantes. Parmi les marques citées figurent notamment Président, Haribo, Findus et Yoplait (1).

Le procédé n’a rien d’illégal en soi. Un fabricant peut annoncer que son produit ne contient aucun conservateur tout en utilisant des émulsifiants ou des épaississants. L’affirmation est exacte, mais elle peut donner une impression trompeuse sur la qualité globale de l’aliment. C’est cette ambiguïté que dénoncent les associations, qui demandent à la DGCCRF, l’administration chargée notamment de la protection des consommateurs et de la répression des fraudes, d’ouvrir une enquête nationale.

Quand les préoccupations sanitaires deviennent des arguments commerciaux

L’industrie agroalimentaire a intégré les inquiétudes croissantes concernant les produits ultratransformés à ses stratégies commerciales. Les emballages valorisent désormais des recettes naturelles, authentiques et sans sucres ajoutés. Certaines de ces mentions correspondent à de véritables améliorations. D’autres permettent surtout de mettre en valeur une caractéristique favorable sans modifier fondamentalement le produit. Cette stratégie présente un intérêt économique évident. Revoir en profondeur une recette, réduire fortement sa teneur en sucre ou modifier ses procédés de fabrication peut nécessiter des investissements importants. Valoriser l’absence d’un ingrédient qui ne figurait parfois même pas dans la recette peut s’avérer bien moins coûteux.

Or, les enjeux sanitaires dépassent largement la question des additifs. Une vaste synthèse scientifique publiée dans le British Medical Journal en 2024 a mis en évidence des associations entre une consommation élevée d’aliments ultratransformés et plusieurs problèmes de santé, notamment l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires (2). Bien sûr, tous ne présentent pas les mêmes caractéristiques. Les additifs autorisés font par ailleurs l’objet d’évaluations réglementaires. 

Le Nutri-Score, lorsque la marque accepte de le faire figurer, apporte une partie de l’information nécessaire en évaluant la qualité nutritionnelle des aliments. Mais il ne mesure pas leur degré de transformation. Un produit peut ainsi bénéficier d’un classement nutritionnel favorable tout en appartenant à la catégorie des aliments ultratransformés. Une limite qui illustre la difficulté d’obtenir une information complète sur ce que nous mangeons.

Une responsabilité trop largement laissée aux consommateurs

La réglementation européenne interdit pourtant les informations alimentaires susceptibles d’induire les consommateurs en erreur. La réglementation européenne vise notamment les présentations trompeuses concernant la composition ou les qualités d’un produit (3). Mais son application reste délicate lorsque les mentions sont factuellement exactes. Les fabricants peuvent faire valoir que la liste complète des ingrédients figure sur l’emballage. C’est d’ailleurs l’argument avancé par les six marques ayant répondu à Yuka et à l’UFC-Que Choisir. Toute la difficulté consiste alors à apprécier l’impression générale produite par leur communication.

Cette situation interroge l’efficacité des contrôles, mais aussi les limites du cadre réglementaire. Un encadrement plus strict des allégations valorisant l’absence d’additifs pourrait empêcher qu’une caractéristique isolée serve à suggérer une qualité sanitaire globale. Il pourrait s’accompagner de mesures encourageant la reformulation des produits, par exemple pour réduire les teneurs excessives en sucre, en sel ou en graisses saturées.

Car l’information ne suffit pas à elle seule à améliorer l’alimentation. Les consommateurs doivent déjà composer avec les prix, le temps disponible et une offre largement dominée, dans certaines catégories, par les produits industriels. Leur demander de décrypter des listes d’ingrédients complexes tout en déjouant les arguments publicitaires revient à leur faire porter une responsabilité qui devrait aussi incomber aux fabricants et aux pouvoirs publics.

Une politique de santé publique ne peut pas se limiter à aider les consommateurs à reconnaître les produits les moins favorables à leur santé. Elle doit également agir sur les conditions de leur fabrication et de leur commercialisation.

(Photo CC)

Notes
(1) – UFC-Que Choisir, 3 novembre 2026, « Yuka et Que Choisir Ensemble dénoncent le “additive washing” : le nouveau greenwashing alimentaire ».
 (2) – British Medical Journal, février 2024, « Ultra-processed food exposure and adverse health outcomes: umbrella review of epidemiological meta-analyses ».
 (3) – Parlement européen et Conseil de l’Union européenne, octobre 2011, « Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires ».

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