Du pétrole français pour payer moins cher ? L’illusion entretenue par Marine Le Pen
La candidate du Rassemblement national à la présidentielle veut relancer les forages pétroliers au nom de la souveraineté énergétique. Une promesse sans effet garanti sur les prix à la pompe, mais lourde de risques écologiques.
« Nous abolirons la stupide loi Hulot qui interdit la recherche d’hydrocarbures sur le sol français. » Dimanche 25 octobre, lors de son meeting de campagne à Orléans, Marine Le Pen a annoncé vouloir relancer l’exploration pétrolière et gazière en France. Une mesure présentée comme un moyen de retrouver notre souveraineté énergétique et de rompre avec une politique de « décroissance » qui conduirait, selon elle, le pays à la ruine économique (1).

Dans un contexte où les prix des carburants pèsent lourdement sur le budget des ménages l’annonce peut séduire. Produire du pétrole en France plutôt que l’importer semble, à première vue, une réponse à notre dépendance énergétique. Mais les ressources françaises connues sont extrêmement limitées et leur exploitation ne permettrait pas de s’affranchir des prix mondiaux. Marine Le Pen propose ainsi une réponse spectaculaire à une difficulté bien réelle, sans jamais démontrer qu’elle pourrait améliorer le quotidien des automobilistes.
Un pétrole français qui ne changerait pas le prix à la pompe
Les chiffres officiels suffisent à mesurer les limites de cette ambition. En 2025, la France a extrait seulement 0,5 million de tonnes équivalent pétrole brut, contre 46,9 millions importées. Selon le ministère de la Transition écologique, la production nationale primaire de pétrole couvre à peine 1 % de notre consommation. Quant aux réserves connues au 1er janvier 2026, elles ne représentent qu’un mois de consommation française (2).
Certes, de nouvelles recherches pourraient permettre de découvrir des gisements. Mais rien ne garantit leur existence, leur importance ou leur rentabilité. Il faudrait ensuite des années d’études, d’investissements et de travaux avant de commencer une éventuelle exploitation. Autant dire que cette politique n’apporterait aucune réponse à la crise actuelle des carburants.
Surtout, le pétrole français ne serait pas automatiquement vendu moins cher que celui provenant du Moyen-Orient ou des États-Unis. Son prix resterait largement soumis aux cours internationaux. Il faudrait également le raffiner, le transporter, le distribuer et y ajouter les taxes. L’origine nationale du brut ne ferait disparaître aucun de ces coûts.
Une étude publiée le 13 octobre par la Banque de France apporte un éclairage révélateur. Entre février et août 2026, les prix des produits pétroliers ont augmenté d’environ 26 % en France. Or, près de 60 % de cette hausse s’expliquerait par les tensions sur les capacités mondiales de raffinage, et non directement par l’augmentation du prix du pétrole brut (3). Disposer de davantage de pétrole ne suffit donc pas à maîtriser le prix des carburants.
C’est toute la dimension démagogique de cette annonce. Marine Le Pen ne promet pas explicitement de faire baisser les prix à la pompe grâce aux forages français. Mais en associant souveraineté énergétique et pouvoir d’achat, elle entretient l’idée qu’exploiter notre sous-sol pourrait nous protéger des crises pétrolières.
La loi Hulot, un obstacle à supprimer
Adoptée en décembre 2017, la loi Hulot interdit la délivrance de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures et organise la fin progressive des concessions d’exploitation à l’horizon 2040, sous réserve de certaines exceptions. Elle n’a pas arrêté immédiatement la production française. En 2024, 64 gisements pétroliers et gaziers étaient encore actifs, principalement dans les bassins aquitain et parisien.
Son abrogation constituerait donc un changement majeur. Elle permettrait de relancer la prospection et, potentiellement, l’exploitation de nouveaux gisements. Elle ne supprimerait pas toutes les autres réglementations environnementales, mais lèverait un obstacle essentiel à l’expansion des activités pétrolières et gazières.
Cette orientation irait à rebours des recommandations scientifiques sur le climat. Dans son scénario de neutralité carbone à l’horizon 2050, l’Agence internationale de l’énergie estime qu’aucun nouveau projet conventionnel pétrolier ou gazier à long délai de développement n’est nécessaire. L’enjeu est au contraire de réduire la consommation d’hydrocarbures, responsables d’une part majeure des émissions mondiales de gaz à effet de serre (4).
Aux conséquences climatiques s’ajoutent les risques locaux. Les forages peuvent provoquer des pollutions des eaux et des sols, des émissions de méthane, une dégradation des habitats naturels et des nuisances industrielles. En mer, les accidents pétroliers peuvent affecter durablement les écosystèmes, les littoraux et les activités de pêche.
Les outre-mer en première ligne
La Guyane pourrait être particulièrement concernée. Les découvertes pétrolières réalisées au large des pays voisins nourrissent depuis plusieurs années les espoirs d’exploitation dans les eaux françaises. Des responsables politiques de différentes sensibilités défendent cette perspective au nom du développement économique, de l’emploi et des recettes publiques.
La remise en cause de la loi Hulot dépasse d’ailleurs largement le Rassemblement national. En 2025, le ministre des Outre-mer Manuel Valls avait proposé d’« ouvrir le débat » sur l’interdiction de l’exploitation des hydrocarbures, suscitant l’opposition de ses collègues Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, et Marc Ferracci, ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie. Plus récemment, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou s’est également déclarée favorable à une relance de l’exploitation dans ces territoires, contre l’avis de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut.
Mais les bénéfices espérés reposent sur des ressources encore incertaines, tandis que les risques environnementaux concernent des écosystèmes marins particulièrement riches. Une fuite ou un accident majeur pourrait avoir des conséquences durables sur la biodiversité, les activités de pêche et les littoraux. La question concerne aussi les populations qui devraient vivre avec les conséquences de ces choix.
Après le pétrole, les ressources minières ?
La volonté de Marine Le Pen de valoriser « toutes nos ressources naturelles ou industrielles » soulève une autre interrogation. Cette logique pourrait-elle conduire à favoriser l’exploitation des métaux critiques, des terres rares et des ressources des grands fonds marins ? L’abrogation de la loi Hulot ne concernerait pas directement ces minerais, mais certaines positions du Rassemblement national montrent que le débat dépasse les seuls hydrocarbures.
En janvier 2023, le groupe RN a ainsi voté contre une résolution de l’Assemblée nationale demandant un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins (5). Les députés du parti s’opposaient à une interdiction qu’ils estimaient préjudiciable aux intérêts français.
Réduire notre dépendance plutôt que multiplier les forages
La France est effectivement dépendante des importations d’hydrocarbures. Mais cette vulnérabilité ne disparaîtrait pas avec quelques nouveaux puits de pétrole. Elle tient avant tout à notre consommation de combustibles fossiles, dans les transports, le chauffage et certaines activités industrielles.
Réduire cette dépendance suppose d’investir dans l’isolation des bâtiments, les transports collectifs, le ferroviaire, l’électrification des usages et les énergies décarbonées. Autant de solutions qui permettent de diminuer durablement les besoins en pétrole, plutôt que de rechercher de nouveaux gisements dont l’exploitation pourrait commencer dans plusieurs années.
La proposition de Marine Le Pen inverse cette logique. Elle envisage de mobiliser de nouveaux investissements pour extraire davantage d’énergies fossiles, alors que les engagements climatiques imposent d’en réduire la consommation. Le tout sans démontrer que cette politique pourrait soulager les ménages confrontés à la hausse des carburants.
C’est bien là que réside l’impasse de cette promesse. À une difficulté immédiate de pouvoir d’achat, Marine Le Pen oppose une perspective lointaine, économiquement incertaine et écologiquement risquée. Le pétrole français ne ferait pas mécaniquement baisser les prix à la pompe. En revanche, relancer son extraction reviendrait à prolonger un modèle énergétique dont la France doit précisément apprendre à se passer.
(Photo du haut signée Michael Elleray-CC)
Notes
(1) AFP, octobre 2026, « Marine Le Pen veut abolir la loi Hulot et relancer la recherche d’hydrocarbures ».
(2) Ministère de la Transition écologique, SDES, édition 2026, « Chiffres clés de l’énergie – Pétrole ».
(3) Banque de France, 13 octobre 2026, « Pourquoi le prix des carburants ne suit-il pas toujours strictement le cours mondial du pétrole ? ».
(4) Agence internationale de l’énergie, 26 septembre 2023, « Fossil fuel supply – Net Zero Emissions Guide ».
(5) Assemblée nationale, 17 janvier 2023, « Moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins ».
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