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Agriculteur avec des produits sains
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Ces propositions qui pourraient révolutionner l’agriculture

Dossier spécial Salon de l’agriculture (4/4)

Au lendemain du Salon, il apparaît plus utile que jamais de réorienter la fiscalité et les aides publiques pour faire de l’alimentation un pilier assumé de santé publique et de justice sociale.

Les stands se replient, les animaux regagnent leurs étables, les politiques ont déserté les allées de la Porte de Versailles. Le Salon de l’agriculture s’est achevé comme il a commencé, saturé de discours sur la « compétitivité », la « simplification » et la « souveraineté ». Mais une question demeure, plus politique que jamais : voulons-nous continuer à gérer les dégâts d’un modèle à bout de souffle ou décider enfin de le transformer ?

Au fil de notre série, nous avons montré les impasses du productivisme, les promesses concrètes de l’agroécologie, l’exemple pionnier de Mouans-Sartoux et la nécessité de reconstruire les outils de transformation. Reste le cœur du problème : l’État. Car sans une bascule des règles fiscales et budgétaires, la transition restera marginale, dépendante de quelques territoires et agriculteurs courageux.

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Sortir de l’État pompier pour devenir État architecte

Aujourd’hui, la puissance publique agit trop souvent en pompier. Elle compense les crises agricoles, indemnise les sécheresses, finance la dépollution de l’eau, rembourse les soins liés à une alimentation dégradée. Selon une étude du Secours Catholique, près de 48 milliards d’euros de soutiens publics irriguent chaque année le système alimentaire français (1). Une somme colossale, mais orientée en grande partie vers le maintien des volumes et de la compétitivité-prix. Autrement dit, nous payons deux fois. Une première fois pour soutenir un modèle intensif. Une seconde pour en réparer les conséquences sanitaires et environnementales.

Un État nourricier ne se contenterait plus d’amortir les chocs. Il redéfinirait la finalité même de la politique agricole : non plus produire toujours plus pour les marchés mondiaux, mais garantir à chaque citoyen une alimentation saine, accessible et durable.

La fiscalité, angle mort de la transition

La fiscalité est l’outil le plus puissant dont dispose l’État pour orienter les comportements. Pourtant, notre système reste largement incohérent. Des produits ultra-transformés, riches en sucres et en graisses, peuvent bénéficier de taux réduits, tandis que des aliments issus de filières vertueuses supportent des coûts élevés liés aux normes, à la main-d’œuvre et à la distribution.

Réorienter la TVA et les prélèvements ne relève pas d’un détail technique. C’est un choix de société. Plusieurs travaux, notamment ceux de Commerce Équitable France (2) et de l’Institut de l’Économie Circulaire, proposent d’instaurer une fiscalité différenciée : alléger fortement la charge sur les produits bio, locaux et peu transformés, et appliquer réellement le principe pollueur-payeur aux intrants chimiques et aux productions les plus émettrices (3).

Ce basculement aurait un double effet. D’un côté, rendre les produits de qualité accessibles au plus grand nombre. De l’autre, envoyer un signal économique clair aux filières : l’avenir n’est plus dans la fuite en avant productiviste.

Sécuriser les agriculteurs plutôt que les volumes

On ne transforme pas un modèle agricole à coups d’injonctions morales. Pour un exploitant, passer au bio ou à l’agroécologie signifie souvent trois années de conversion, avec des rendements incertains et des investissements lourds.

C’est pourquoi plusieurs économistes et think tanks, dont l’Institut Rousseau, défendent l’idée d’un revenu de transition écologique (4). L’objectif n’est plus de rémunérer la surface ou le volume produit, mais les services rendus à la société : stockage du carbone, protection de l’eau, maintien de la biodiversité, emploi local.

En clair, payer les agriculteurs pour ce qu’ils apportent réellement au bien commun. Cette logique rompt avec des décennies de politiques centrées sur la quantité. Elle reconnaît enfin que l’agriculture est un pilier de santé publique et d’aménagement du territoire.

Infographie d'un nouveau modèle agricole

La Sécurité sociale de l’alimentation : un droit à conquérir

La transformation fiscale et budgétaire doit s’accompagner d’un nouveau droit. Celui de bien manger. Inspirée de notre système de santé, la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), défendue notamment par la Fondation Jean-Jaurès et de nombreux collectifs citoyens, propose un mécanisme simple : une cotisation universelle ouvrant droit à un budget mensuel dédié à l’achat de produits conventionnés (5). Le conventionnement serait décidé démocratiquement à l’échelle locale, associant citoyens, producteurs et collectivités (6). Les critères privilégieraient les filières rémunératrices, respectueuses de l’environnement et favorables à la santé.

Ce dispositif répond à une triple urgence. Sociale, en garantissant l’accès à une alimentation de qualité pour tous. Agricole, en offrant des débouchés stables et sécurisés. Sanitaire, en réduisant les pathologies liées à la malbouffe. Bref, un prolongement logique de notre histoire sociale. Nous avons collectivement décidé que la santé n’était pas une marchandise. Pourquoi l’alimentation, qui conditionne directement cette santé, le resterait-elle ?

Après le Salon, choisir le cap

Le Salon de l’agriculture est une vitrine. Mais le vrai débat commence une fois les stands démontés. Soit nous poursuivons un modèle qui épuise les sols, fragilise les paysans et creuse les inégalités alimentaires. Soit nous assumons une réorientation profonde de l’impôt, des aides et des droits sociaux.

Un État nourricier n’est pas un État qui contrôle tout, mais un État qui fixe un cap clair : protéger la santé, soutenir les territoires, préserver le vivant. C’est un État qui considère l’alimentation non comme une variable d’ajustement budgétaire, mais comme le socle d’un nouveau contrat social.

(Photo Gustavo Fring – CC)

Notes
 1 – Secours Catholique, L’injuste prix de notre alimentation.
 2 – Commerce Équitable France, Pour une fiscalité sociale et écologique.
 3 – Institut de l’Économie Circulaire, Rapport sur la TVA circulaire.
 4 – Institut Rousseau, Quelles transformations globales pour une transition écologique effective.
 5 – Fondation Jean-Jaurès, La sécurité sociale de l’alimentation : créer de nouveaux droits et agir sur les déterminants de santé.
 6 – Collectif SSA, Les trois piliers de la Sécurité sociale de l’alimentation.

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