L’austérité, invariablement au programme de la rentrée
Il n’y a pas de doute, la rentrée est bien là. À en juger par le ton professoral des membres du gouvernement, il va falloir, comme chaque mois de septembre, s’attendre à de multiples leçons sur les économies à faire, les efforts à consentir et surtout sur l’urgence qu’il y a à agir. Méthode Coué quand tu nous tiens !
La différence cette année réside en un seul mot : « canicule ». Car le pays a subi un véritable électrochoc depuis la fin du printemps dernier. Du genre à laisser les climatosceptiques de CNews presque sans voix. Il y a bien eu quelques tentatives de rappeler, comme chaque année, la dureté de l’année 1976 et « qu’il fait chaud en été », mais même Pascal Praud et consorts ont finalement dû la mettre un peu en sourdine face aux canicules à répétition. Un phénomène qu’ils ne ressentaient probablement pas sur leurs plateaux climatisés, mais qui rendait la vie impossible même à leurs plus grands fans.
Cette période de très fortes chaleurs aura donc joué le rôle d’électrochoc. Pas au point d’interroger réellement notre approche environnementale — on se souvient de la Covid et des confinements qui devaient « tout changer » —, mais elle donne en tout cas de sacrés arguments à ceux qui veulent nous faire avaler la couleuvre de l’austérité.
Pour ce faire, ils évoquent des faits inattaquables. Les agriculteurs sont en train de mourir de la sécheresse, les secours sont sous-équipés, les dégâts doivent être réparés… Autant de milliards qu’il va falloir trouver.
Rien à dire. Si ce n’est qu’une immense partie de ces problèmes est totalement liée à leur politique, ou du moins aux différentes politiques gouvernementales libérales dont Sébastien Lecornu est le fier héritier. De celles qui ont érigé la « politique de l’offre » en dogme absolu : rabotage continu des services publics, relégation de l’écologie derrière l’impératif de compétitivité, perfusion d’une agriculture intensive et assoiffée et envolée des aides d’État vers les grands groupes sans la moindre contrepartie. La liste pourrait être très longue.
Pour autant, ce sont bien des cours magistraux que ces fins politiques vont daigner nous dispenser à longueur de plateaux et d’antennes dans les prochaines semaines. Il faudra, c’est inévitable, travailler plus longtemps, ne pas fulminer face à la désindexation de sa retraite, accepter de payer toujours plus pour se soigner, tout en comprenant qu’il faut continuer de faire baisser les « charges » des grandes entreprises. La dette est là, et elle nous engage dira-t-on.
Bien sûr, à aucun moment, ces grands sachants ne remettront en question leurs choix. Parce que la raison, c’est eux. En témoignent les annonces de cette fin de semaine : le milliard d’euros qui va être débloqué pour les agriculteurs tout en faisant l’économie d’un grand débat sur le modèle, et l’amputation de 40 millions d’euros du plan d’urgence canicule censé permettre la rénovation de nos bâtiments scolaires.
Mais rassurons-nous, ils doivent savoir ce qu’ils font.
Et puis, dans quelques mois, nous trouverons peut-être cette politique presque cohérente lorsque l’on nous parlera « clim » comme principale réponse au réchauffement climatique ou que l’on ne trouvera rien d’autre à faire que de jeter un « voile » référendaire sur une maison qui brûlera de plus belle.
(Photo CC)
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