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Viktor Orbán
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Orbán à la tête de l’ONU : la France doit dire non

Temps de lecture : 7 minutes

Donald Trump voudrait installer l’ancien Premier ministre hongrois à la tête des Nations unies, avec un soutien possible de Moscou et de Pékin. L’enjeu dépasse le remplacement d’un dirigeant : il s’agit de museler une institution qui dérange encore les puissants. 

Après avoir méthodiquement affaibli les contre-pouvoirs en Hongrie, Viktor Orbán pourrait-il prendre la tête des Nations unies ? Selon un éditorial du Wall Street Journal, publié le 25 octobre, des responsables de l’administration Trump l’ont encouragé à briguer la succession d’António Guterres. Et même si aucune candidature officielle n’a été déposée, l’objectif serait d’en faire un candidat commun aux États-Unis, à la Russie et à la Chine (1).

Pour le président américain, la stratégie est limpide. Il s’agit ni plus ni moins que de placer un allié politique à la tête d’une organisation que l’on attaque depuis des années pour prolonger son affaiblissement de l’intérieur. Derrière le projet Orbán se dessine cette ambition : une ONU moins indépendante, moins gênante, moins capable de rappeler aux gouvernements leurs obligations.

Une voix qui compte encore

L’ONU n’a empêché ni l’invasion de l’Ukraine ni les massacres et la dévastation de Gaza. Les vetos des grandes puissances paralysent son Conseil de sécurité. Ses appels restent trop souvent sans effet. Mais cette impuissance ne rend pas inutile ce qu’elle continue de faire : documenter les violations, secourir les populations, établir des connaissances et défendre des principes communs.

Les travaux du GIEC contredisent le déni climatique. Les enquêtes sur les droits humains exposent des violences que les gouvernements voudraient dissimuler. En décembre 2023, António Guterres a invoqué l’article 99 de la Charte pour alerter le Conseil de sécurité sur la catastrophe humanitaire à Gaza et demander un cessez-le-feu (2). Ces alertes ne suffisent pas. Elles constituent néanmoins une résistance à l’impunité. C’est précisément cette capacité de contestation que la politique de Trump menace de museler.

Affaiblir l’ONU, puis orienter sa direction

Depuis sa première présidence, Trump reproche aux Nations unies leur bureaucratie, leur coût et leur incapacité à régler les conflits. Son administration a quitté le Conseil des droits de l’homme en 2018, dénonçant notamment un parti pris contre Israël. En 2020, il a suspendu le financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), accusée d’être trop favorable à Pékin.

Depuis son retour au pouvoir, l’offensive s’est élargie : non-participation au Conseil des droits de l’homme, maintien de l’arrêt des financements à l’UNRWA (l’agence des Nations unies chargée de venir en aide aux réfugiés palestiniens), révision des engagements internationaux. En janvier 2026, la Maison-Blanche a annoncé le retrait américain de 66 organisations et dispositifs internationaux, dont 31 entités onusiennes, en visant notamment les politiques climatiques et les programmes jugés contraires aux intérêts américains (3).

À la tribune de l’ONU, en septembre 2025, Trump avait présenté le changement climatique comme une gigantesque escroquerie. L’hostilité dépasse donc les questions de gestion, elle vise aussi les connaissances et les règles qui contrarient son programme. La méthode est redoutable : réduire les moyens d’une institution, dénoncer son inefficacité, la contourner, puis tenter de peser sur sa direction. Le projet Orbán s’inscrirait dans cette entreprise de mise au pas.

Comment Orbán pourrait être choisi

Trump ne peut pas nommer seul le secrétaire général. La procédure comporte deux étapes : le Conseil de sécurité recommande un candidat, puis l’Assemblée générale le nomme. Une candidature doit d’abord être présentée par un État ou par un groupe d’États. Le Conseil peut ensuite organiser des scrutins indicatifs confidentiels. Ses quinze membres indiquent s’ils encouragent une candidature, la découragent ou n’expriment pas d’opinion. Ces consultations mesurent les soutiens et les blocages. Elles ne valent pas nomination.

Pour adopter sa recommandation formelle, le Conseil doit réunir au moins neuf voix favorables sur quinze, sans vote négatif d’un membre permanent. Les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni disposent chacun d’un veto (4). Au final, même avec dix voix, même soutenu par Washington, Moscou et Pékin, Orbán serait bloqué par un vote négatif français ou britannique. Une abstention de Paris ou de Londres, en revanche, laisserait passer sa candidature si les neuf voix étaient réunies.

Les dix membres non permanents comptent également car ils peuvent empêcher d’atteindre cette majorité. L’Assemblée générale peut ensuite refuser le candidat recommandé. Mais elle ne peut pas choisir librement un autre nom sans recommandation du Conseil. Le verrou le plus direct est donc entre les mains de Paris et de Londres.

La France connaît la méthode Orbán

Emmanuel Macron ne pourrait pas prétendre découvrir le personnage. La France a participé aux négociations européennes qu’Orbán a entravées sur l’aide à l’Ukraine et les sanctions contre Moscou. En décembre 2023, le dirigeant hongrois a bloqué une enveloppe européenne de 50 milliards d’euros destinée à l’Ukraine, finalement débloquée en février 2024. Son gouvernement a également retardé des sanctions contre la Russie et obtenu une exemption concernant le pétrole russe.

Orbán invoquait les intérêts hongrois. Ces blocages affaiblissaient aussi la réponse européenne à l’agression russe et servaient les intérêts du Kremlin. Paris a donc éprouvé concrètement sa capacité à exploiter les règles collectives pour neutraliser l’action commune.

L’Élysée dispose aujourd’hui d’une occasion d’affirmer une voix indépendante. Il ne s’agirait pas de prononcer un nouveau discours sur le multilatéralisme, mais de prendre un engagement clair : opposer son veto si cette candidature se concrétise. Le Royaume-Uni porte la même responsabilité. Sa relation avec Washington ne lui impose aucune obéissance. Une opposition commune serait forte, mais chacun peut cependant agir seul. Aucun ne pourrait invoquer l’hésitation de l’autre pour justifier sa propre abstention.

Moscou et Pékin approuvent ?

Les soutiens de Moscou et de Pékin restent à confirmer. Cependant, leurs intérêts sont convergents avec le président américain. Pour Moscou, Orbán est un partenaire familier qui a maintenu de très bonnes relations avec Vladimir Poutine. Il pourrait paraître plus accommodant qu’un secrétaire général rappelant sans cesse que l’invasion de l’Ukraine viole la Charte des Nations unies

Pour Pékin, il est également un interlocuteur connu : la Chine et la Hongrie ont renforcé leur partenariat stratégique en 2024 (5). Une direction conciliante pourrait intéresser un pouvoir mis en cause par les mécanismes onusiens des droits humains, notamment sur le Xinjiang.

Cela ne signifie pas que les trois puissances partagent toutes leurs ambitions. Leur besoin commun pourrait se limiter à préférer un dirigeant politiquement proche ou prévisible à une voix indépendante capable de leur demander des comptes.

Un veto pour préserver une voix libre

En 2022, le Parlement européen décrivait la Hongrie comme une « autocratie électorale » et dénonçait les efforts délibérés du gouvernement pour affaiblir les valeurs démocratiques (6). Ce bilan pose un problème majeur pour une fonction chargée de défendre des principes universels.

Un secrétaire général ne commande pas seul toutes les agences et tous les experts de l’ONU. Mais ses nominations, ses initiatives et ses silences pèsent. Une organisation peut conserver ses textes et perdre progressivement la volonté de les défendre.

Le veto demeure un privilège inégalitaire dont il faut réformer l’usage. Il pourrait ici empêcher une nouvelle dégradation de l’institution. La France doit l’assumer, avec le Royaume-Uni si possible, seule si nécessaire. L’ONU est déjà trop faible face aux puissants. Elle n’a pas besoin d’un dirigeant choisi pour les ménager.

(Photo European Union – CC)

Notes
 1 – Euronews, 26 octobre 2026, les démarches américaines rapportées par le Wall Street Journal.
 2 – Nations unies, lettre de Guterres du 6 décembre 2023.
 3 – Maison-Blanche, annonce des retraits du 7 janvier 2026.
 4 – Nations unies, procédure de sélection et règles de vote au Conseil de sécurité.
 5 – Diplomatie chinoise, déclaration sino-hongroise de mai 2024.
 6 – Parlement européen, 15 septembre 2022, constat sur la dégradation démocratique en Hongrie.

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