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Fonction publique : le rapport qui met à mal le mythe des « privilégiés »

Un nouveau baromètre publié par la CFDT met en lumière une réalité très éloignée des clichés sur les fonctionnaires. Salaires en berne, agressions, surcharge de travail, manque de moyens et crise du recrutement : derrière les discours sur les « avantages » de la fonction publique, c’est un profond malaise qui s’installe et menace désormais l’accès même aux services publics.

Le cliché du fonctionnaire « protégé » a toujours une place de choix dans la croyance populaire. Il faut dire qu’il estentretenu par une large partie de la classe politique, allant du centre à l’extrême-droite, qui a longtemps vu dans cet a priori un bon moyen de dresser les travailleurs les uns contre les autres. Pourtant, le nouveau « Baromètre du travail de la fonction publique 2026 (1) » qui vient d’être publié par la CFDT dresse un portrait radicalement différent de la réalité vécue par les agents publics.

Loin de l’image d’employés à l’abri des difficultés économiques et sociales, le rapport décrit des travailleurs confrontés à une perte massive de pouvoir d’achat, à des conditions de travail qui se dégradent et à une montée de la violence dans de nombreux métiers du service public. Les chiffres sont particulièrement parlants. Aujourd’hui, 44 % des agents interrogés disent ressentir de l’inquiétude face à leur situation professionnelle et 36 % se déclarent lassés. Chez les enseignants, le malaise explose : 55 % se disent inquiets et 48 % lassés. Pourtant, selon l’étude, 73 % des agents se disent toujours attachés à la fonction publique, mais cet engagement ne suffit plus à compenser l’épuisement grandissant.

Baromètre Fonction publique CFDT
FPE : Fonction publique d’État, FPH : Fonction publique hospitalière, FPT : Fonction publique territoriale.

Des salaires qui décrochent

Le rapport confirme une tendance qui mine la fonction publique depuis des années : le décrochage salarial. Le salaire moyen net dans la fonction publique atteint désormais 2 530 euros par mois contre 2 730 euros dans le secteur privé. Dans la fonction publique territoriale, il tombe même à 2 145 euros mensuels. Le gel répété du point d’indice depuis le début des années 2000 a provoqué une chute continue du pouvoir d’achat des agents publics (2). Plusieurs syndicats estiment cette perte à près de 30 % en euros constants sur vingt-six ans.

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Une  situation qui provoque une « smicardisation » progressive des carrières publiques. Dans certaines catégories, les premiers échelons se retrouvent au niveau du salaire minimum ou juste au-dessus. Résultat : 66 % des agents estiment aujourd’hui que leur rémunération ne correspond pas au travail qu’ils fournissent. Et 82 % réclament en priorité « un meilleur salaire à la hauteur de leurs missions ».

Cette crise salariale fragilise directement le recrutement :  « 15 % des postes offerts aux concours de la fonction publique d’Etat  sont non pourvus en 2022, 21 % des lits de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris sont fermés la même année, dont 70 % par manque de personnel, 64% des collectivités territoriales indiquent au moins un champ professionnel en tension en 2023. Ces quelques chiffres illustrent la crise d’attractivité que connaît la fonction publique.», peut-on lire sur un rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (3) qui évoque « une crise d’attractivité de grande ampleur et qui s’annonce durable ».

Baromètre Fonction publique CFDT

Professeurs, soignants, policiers : le quotidien de la surcharge

Le rapport commandité par la CFDT décrit des situations extrêmement concrètes. Dans l’Éducation nationale, les enseignants dénoncent des effectifs devenus ingérables. Dans certains collèges et lycées, des professeurs doivent gérer des classes approchant ou dépassant les 35 élèves. Les conséquences sont multiples : suivi pédagogique plus difficile, tensions accrues, fatigue psychologique et sentiment de ne plus pouvoir exercer correctement son métier. Le rapport indique que 81 % des enseignants dénoncent un manque de moyens humains et financiers. Un enseignant sur deux déclare subir régulièrement des agressions verbales.

À l’hôpital, les soignants décrivent eux aussi un système sous tension permanente. Garde de 12 heures, rappels pendant les congés, fermetures de lits faute de personnel, surcharge dans les urgences : le quotidien hospitalier apparaît de plus en plus difficile. Selon le baromètre, 67 % des agents hospitaliers dénoncent un manque de moyens matériels. Plus inquiétant encore, 29 % des personnels de la fonction publique hospitalière disent avoir subi des agressions physiques dans le cadre de leur travail.

Baromètre Fonction publique CFDT

Dans la police, les agents évoquent des effectifs insuffisants, des heures supplémentaires qui s’accumulent et une pression constante. Même constat dans la justice, les prisons ou les collectivités territoriales où les équipes se réduisent progressivement alors que les besoins augmentent. Le rapport souligne ainsi que 71 % des agents publics disent manquer de moyens humains pour effectuer correctement leur travail.

Le « fonctionnaire bashing » aggrave la crise

La CFDT pointe également l’impact des discours politiques et médiatiques sur le malaise de la fonction publique. Toujours selon le baromètre, 70 % des agents estiment que certaines personnalités politiques ou certains médias dévalorisent leur métier. 68 % considèrent que ces discours s’attaquent directement aux valeurs du service public.

Baromètre Fonction publique CFDT

Chez les enseignants, ce sentiment atteint des niveaux particulièrement élevés : 88 % disent se sentir dévalorisés. Ce climat a des répercussions directes sur l’attractivité des métiers publics. Le rapport montre qu’un quart des agents envisagent désormais de quitter la fonction publique dans les prochaines années.

Les principales raisons avancées sont claires : faibles rémunérations, conditions de travail dégradées et manque de reconnaissance.

Une diminution des effectifs qui fragilise l’accès aux services publics

Le malaise décrit par le rapport s’inscrit dans un contexte plus large de réduction des moyens publics. Depuis le début des années 2000, plusieurs gouvernements ont engagé des politiques de réduction des effectifs dans la fonction publique d’État. Sous Nicolas Sarkozy, la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a conduit à la suppression d’environ 150 000 postes.

Même lorsque les effectifs globaux semblent relativement stables au niveau national, cela masque des réalités beaucoup plus dures sur le terrain. Car dans le même temps, la population française a augmenté, vieilli et les besoins sociaux se sont fortement accrus. Dans de nombreux territoires, les habitants constatent surtout la fermeture progressive des services de proximité : maternités, classes, trésoreries, bureaux de poste, accueils physiques dans les administrations ou les services hospitaliers. Cette diminution des effectifs se traduit concrètement par des délais plus longs, des démarches plus compliquées et parfois des kilomètres supplémentaires pour accéder à un service public.

Les zones rurales sont particulièrement touchées. Dans certaines communes, une seule secrétaire de mairie doit désormais gérer l’équivalent de plusieurs postes. Dans les hôpitaux, le manque de personnel entraîne des fermetures de lits ou des services saturés. Dans l’Éducation nationale, les suppressions de postes contribuent directement à l’augmentation du nombre d’élèves par classe. Autrement dit, la dégradation des conditions de travail des fonctionnaires ne concerne pas uniquement les agents publics. Elle touche désormais directement des millions d’usagers.

Crise démocratique

Le rapport de la CFDT met finalement en lumière une contradiction profonde. Jamais les services publics n’ont été autant sollicités face au vieillissement de la population, à la crise sociale, aux tensions scolaires ou à la désertification médicale. Mais dans le même temps, ceux qui les font fonctionner ont le sentiment d’être de moins en moins considérés.

Près d’un agent public sur deux se dit aujourd’hui stressé au travail. Plus de la moitié continuent à penser à leur travail pendant leurs congés ou leurs moments de repos. Et pourtant, malgré l’épuisement, la majorité continue de défendre l’idée même de service public.

C’est peut-être là l’enseignement le plus frappant du rapport. Derrière les statistiques, il raconte surtout le risque d’un affaiblissement progressif de ce qui permet encore à une société de tenir ensemble.

(Photo FO)

Notes
 1 – CFDT, « Baromètre du travail de la fonction publique 2026 » .
 Ce baromètre a été réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 agentes et agents publics (fonctionnaires et contractuels) exerçant dans les 3 versants de la fonction publique  – Fonction publique d’État (FPE), Fonction publique territoriale (FPT), Fonction publique hospitalière (FPH) – et issus des 3 catégories statutaires de la fonction publique.
 2 – Wikipédia, Point d’indice salarial.
 3 – Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, 2025, Travailler dans la fonction publique : le défi de l’attractivité.

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One thought on “Fonction publique : le rapport qui met à mal le mythe des « privilégiés »

  1. Contractuel FPH, je partage ce constat. Etablissement en PRE, non respect des acquis, non respect des protocoles locaux, non respect du droit du travail, en quelques années au syndicat FO, je peux dire que les dégradations s’accélèrent et les agents partent dans le privé. Note: pourquoi illustrer l’article avec une photo FO pour un sondage CFDT?

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