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Les vols internationaux ne sont pas soumis à la taxe intérieure sur les produits énergétiques.
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Niches fiscales : ces dizaines de milliards qui profitent surtout aux plus riches

Derrière la complexité du système fiscal français se cachent des avantages très coûteux pour les finances publiques, dont une part importante bénéficie aux ménages les plus aisés.

Chaque année, la même question revient dans le débat budgétaire : où trouver des milliards pour réduire les déficits publics ? Les gouvernements évoquent régulièrement des économies dans les dépenses sociales, les services publics ou les collectivités locales. Mais beaucoup plus rarement un autre levier pourtant massif avec les niches fiscales.

Ces dispositifs, officiellement appelés « dépenses fiscales », correspondent aux dérogations accordées par l’État au système d’imposition normal. Réduction, exonération, crédit d’impôt sont autant de mécanismes permettant de limiter l’imposition.

Au total, leur coût est estimé à environ 88,3 milliards d’euros pour 2026 selon les documents budgétaires annexés au projet de loi de finances (PLF) adopté récemment par 49.3 (1). Un montant considérable, comparable au budget de l’Éducation nationale ou à près d’un tiers des recettes de l’impôt sur le revenu. 

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Ces dispositifs ont été créés pour encourager certains comportements : investir, épargner, employer, rénover un logement ou soutenir certaines activités économiques. Mais leur multiplication au fil des décennies a rendu le système fiscal français particulièrement complexe. La France compte aujourd’hui 465 niches fiscales, dont 82 sont « en cours d’extinction ». Quinze d’entre elles représentent plus de la moitié du coût total, soit environ 46,2 milliards d’euros

Si certaines sont connues du grand public, comme le crédit d’impôt pour l’emploi à domicile ou les réductions d’impôt pour dons aux associations, d’autres passent largement sous les radars du débat public. Pourtant, elles représentent parfois plusieurs milliards d’euros par an et profitent souvent aux contribuables les plus aisés ou à certains secteurs économiques spécifiques..

Qui en profite réellement ?

La question de la répartition des avantages fiscaux est centrale. Plusieurs études montrent qu’une part importante des dispositifs les plus coûteux bénéficie davantage aux plus fortunés, car ce sont eux qui possèdent l’essentiel des actifs financiers et immobiliers (2).

Le phénomène est particulièrement visible pour les dispositifs liés à l’épargne, aux plus-values financières ou à la transmission du patrimoine. D’après les données de l’Insee, les 10 % des ménages les plus riches détiennent près de la moitié du patrimoine financier total en France (3). Dès lors, toute niche fiscale associée à ces actifs bénéficie mécaniquement davantage aux catégories les plus favorisées.

L’un des avantages fiscaux les plus coûteux concerne la fiscalité de l’assurance-vie, produit d’épargne privilégié par de nombreux ménages français. Les gains issus de ces placements bénéficient d’une fiscalité allégée, notamment après huit années de détention. Surtout, l’assurance-vie offre un cadre très avantageux pour la transmission du patrimoine par le biais d’abattements fiscaux importants.

Selon les documents budgétaires de l’État, l’ensemble des avantages fiscaux liés à l’assurance-vie représente plus de 5 milliards d’euros de manque à gagner chaque année. Or cette épargne est très concentrée. D’après la Banque de France, les 10 % des ménages les plus riches détiennent près de la moitié de l’encours total d’assurance-vie (4).

Infographie poids des niches fiscales

Le pacte Dutreil, un dispositif très favorable aux grandes transmissions

Beaucoup moins connu du grand public, le pacte Dutreil constitue l’une des niches fiscales les plus puissantes en matière de transmission du patrimoine. Créé en 2003 pour faciliter la transmission d’entreprises familiales, ce dispositif permet de bénéficier d’une exonération de 75 % de la valeur de l’entreprise lors d’une succession ou d’une donation, à condition que les héritiers s’engagent à conserver les titres pendant plusieurs années. Le coût de cette mesure est estimé à près de 3 milliards d’euros par an pour les finances publiques.

Pour ses défenseurs, cette niche fiscale permet d’éviter que des héritiers soient contraints de vendre une entreprise pour payer les droits de succession. Mais plusieurs économistes soulignent qu’elle bénéficie également à de très grandes fortunes et qu’elle contribue à faciliter la transmission de patrimoines très importants.

Autre niche fiscale importante : la fiscalité des plus-values sur les actions et placements financiers. Plusieurs mécanismes permettent de réduire l’imposition sur les gains réalisés lors de la vente d’actions détenues sur une longue période. Ces dispositifs ont été conçus pour encourager l’investissement dans les entreprises.

Mais dans les faits, ils bénéficient surtout aux contribuables possédant déjà un patrimoine financier conséquent puisque les revenus du capital sont très fortement concentrés parmi les ménages les plus riches.

Certains carburants ne sont pas en reste, ni les investissements en outre-mer

Toutes les niches fiscales ne concernent pas les particuliers. Certaines bénéficient directement à des secteurs économiques. C’est notamment le cas des exonérations de taxes sur les carburants pour certaines activités, en particulier dans l’aviation et le transport maritime international.

Le kérosène utilisé par les avions pour les vols internationaux n’est par exemple pas soumis à la taxe intérieure sur les produits énergétiques (TICPE). Cette dérogation trouve son origine dans des conventions internationales anciennes. En plus d’être une aberration écologique, le manque à gagner est évalué par la Direction générale du Trésor à une somme allant de 3,6 milliards et 4,7 milliards d’euros par an.

La défiscalisation des investissements dans les outre-mer constitue également une niche fiscale majeure. Le principe est simple : les contribuables peuvent bénéficier de fortes réductions d’impôt s’ils financent certains projets immobiliers ou industriels dans ces territoires.

L’objectif affiché est de soutenir le développement économique de régions confrontées à des contraintes structurelles fortes. Mais plusieurs rapports publics ont souligné les effets d’aubaine et la complexité de ces dispositifs. Leur coût total est estimé à plus de 4 milliards d’euros par an.

Des niches fiscales légèrement ajustées… mais rarement remises en cause

Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit quelques ajustements. Au total, douze niches fiscales devraient être supprimées, notamment la réduction d’impôt pour frais de scolarité ou certaines exonérations symboliques liées à la médaille d’honneur du travail ou au prix Nobel.

Par ailleurs, onze dispositifs devraient voir leur coût diminuer. Parmi eux figure notamment l’abattement fiscal de 10 % appliqué aux pensions de retraite, ainsi que certains avantages liés au carburant comme le tarif particulier accordé au superéthanol E85. Ces ajustements expliquent en partie la légère baisse globale du coût des niches fiscales dans les prévisions pour 2026. Mais ces corrections restent limitées et ne remettent pas en cause l’architecture générale du système.

Dans le débat public, les efforts budgétaires se concentrent souvent sur les dépenses sociales, notamment les retraites ou l’assurance chômage, alors même que les niches fiscales représentent des montants comparables. Autrement dit, alors que l’on demande régulièrement aux retraités, aux services publics ou aux collectivités de participer à l’effort budgétaire, les dispositifs fiscaux bénéficiant largement aux patrimoines les plus élevés restent rarement au cœur des réformes structurelles.

Une fois mises en place, les niches fiscales sont rarement supprimées. Chaque dispositif bénéficie en effet à une catégorie précise d’acteurs ( investisseurs, entreprises, contribuables aisés ) qui ont intérêt à défendre leur maintien.

A l’arrivée, le système fiscal ressemble à un mille-feuilles de dérogations, rendant l’impôt de plus en plus difficile à comprendre pour les citoyens. Dans plusieurs rapports récents, la Cour des comptes recommande ainsi de réévaluer régulièrement l’efficacité de ces dispositifs et de supprimer ceux qui ne produisent pas les effets attendus (5).

Dans un contexte de déficits publics élevés, la question des niches fiscales est redevenue centrale dans le débat budgétaire. Car chaque euro accordé sous forme d’avantage fiscal est aussi une recette en moins pour financer les services publics.

(Photo du haut, DR – CC : les vols internationaux ne sont pas soumis à la taxe intérieure sur les produits énergétiques.)

Notes
1 – Ministère de l’Économie et des Finances, « Voies et moyens – Tome II : dépenses fiscales », Projet de loi de finances 2026.
2 – Conseil des prélèvements obligatoires, Corriger les principales distorsions de l’imposition du patrimoine.
3 – Insee, 10 % des ménages détiennent près de la moitié du patrimoine total.
4 – Banque de France, statistiques sur l’épargne financière des ménages.
5 – Cour des comptes, Rapport sur les dépenses fiscales.

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